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wildcard 29/12/2017 16h55


Avant d'être une série, The Girlfriend Experience a été un film réalisé par Steven Soderbergh (qui officie en tant que producteur exécutif désormais), avec dans le rôle principale l'ex-actrice de porno Sasha Grey, sur les aventures de call-girl à New York. Adapter un tel sujet pour la télé, quand bien même pour une programmation sur une chaîne à péage (Starz, qui a mis en 2016 les treize épisodes de cette première saison en ligne le même jour, à la manière de Netflix), n'avait rien d'évident, sauf, semble-t-il, pour les scénaristes et réalisateurs Lodge Kerrigan et Amy Seimetz (qui interprète par ailleurs la soeur de l'héroïne). Ils ont été bien inspirés car c'est une réussite envoûtante.

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Avery et Christine (Kate Lynn Sheil et Riley Keough)

Brillante étudiante en première année de Droit à l'université de New York, Christine Reade a obtenu un stage dans le prestigieux cabinet juridique Kirkand & Allen, mais elle a du mal à joindre les deux bouts financièrement. Une amie, qui a abandonné la fac prématurément, lui suggère de s'essayer au métier d'escort-girl comme elle et lui présentent lors d'une soirée privée deux hommes, dont Martin Bailey- ce dernier est avocat d'affaires et remet à Christine une enveloppe d'argent en espérant la revoir plus tard.

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Chelsea Rayne et Martin (Riley Keough et Aidan Devine)

Christine revoit Martin avec qui elle a une relation sexuelle tarifée. Mise dans la confidence, Avery présente à son amie Jacqueline, patronne d'une agence d'escorts, qui sélectionne des hommes riches et sûrs contre une commission de 30%. Ainsi Christine sous le pseudo de Chelsea Rayne se constitue-t-elle une clientèle rapidement et déménage dans un appartement dont son entremetteuse lui avance la caution. Avery, qui en revanche a moins de succès, est invitée à devenir sa co-locataire. Une nuit, les deux filles font l'amour ensemble.

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Jacqueline et Christine (Alexandra Castillo et Riley Keough)

Interrogeant Jacqueline sur la situation d'Avery, Christine est mise en garde contre cette dernière qui n'est pas réputée fiable et loyale. Elle le vérifie vite puisqu'elle découvre que sa co-locataire est partie en lui volant tout son argent. Cette mésaventure fait réfléchir Christine sur la poursuite de ses activités en les gérant seule et en informe ses clients qui sont prêts à se passer de Jacqueline pour continuer à la voir.


Cependant, au cabinet juridique, Christine devine que son supérieur direct, David Tellis, contrevient à l'éthique en négociant secrètement avec l'avocat de la partie adverse au sujet d'un litige concernant un brevet. Elle commence à enquêter, discrètement, mais pas suffisamment car, bientôt, elle reçoit des photos d'elle en petite tenue prises lors du shooting organisé par Jacqueline pour son book : un avertissement sans frais pour la décourager.

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Christine Reade et Davis Tellis (Riley Keough et Paul Sparks)

Mais Christine refuse de se laisser dicter sa conduite et le prouve à plusieurs reprises ensuite : d'abord lors de la visite de sa soeur aînée, Annabel, juriste à Chicago, qui désapprouve qu'elle se prostitue pour payer ses études (mais promet de garder le secret auprès de leurs parents) ; ensuite en quittant brusquement Jack, un client qui voulait l'épouser mais affligé d'une jalousie maladive et prenant plaisir à l'humilier lors de leurs rapports sexuels ; enfin en réussissant à séduire David Tellis dont elle filme à son insu leurs ébats après avoir enregistré une conversation téléphonique (où il assurait qu'il n'y aurait pas de procès) avec l'avocat de la partie adverse.

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Michael Cilic et Chelsea Rayne (Nicholas Campbell et Riley Keough)

Deux problèmes vont pourtant retarder les plans de Christine : un de ses clients, Michael Cilic, décède subitement et elle apprend qu'il lui lègue 500 000 $, mais elle doit pour les toucher prouver qu'elle est bien Chelsea Rayne, autrement dit avouer qu'elle est une escort-girl. Pour négocier un arrangement discret avec la famille du défunt qui s'oppose aux dernières volontés de ce dernier, Christine engage Martin Bailey qui lui obtient un arrangement correct, préservant son secret. Ensuite, elle doit supporter le harcèlement de Jack, qui veut absolument la revoir et se montre de plus en plus virulent lorsqu'elle refuse.


La vengeance de Jack va accélérer les événements pour Christine dont il pirate la messagerie électronique et envoie à tous, collègues du cabinet, amis, famille, une vidéo de leurs ébats où elle avoue coucher pour de l'argent. Le scandale oblige Kirkland & Allen à réagir vite et David, que la jeune femme a dénoncé à sa collègue Erin Roberts (sans savoir qu'elle était complice dans ce dossier frauduleux avec la partie adverse), recommande de la renvoyer.

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Erin Roberts et David Tellis (Mary Lynn Rajskub et Paul Sparks)

Christine a une crise d'angoisse quand elle comprend que les éléments se retournent contre elle et cela lui vaut l'indulgence de la direction du cabinet, qui lui accorde quelques jours de repos avant de faire le point. Elle en profite alors pour confier à Martin tous les enregistrements et vidéos accablant David Tellis afin qu'il soit viré et qu'elle obtienne de Kirkland & Allen des indemnités pour harcèlement sexuel. Puis elle part se ressourcer en famille à Chicago, mais son séjour est gâché par la sextape de Jack qu'ont également reçue ses parents et sa soeur - sa mère refuse de croire à un piège tendu par un amant rejeté et ne lui pardonne pas son mode de vie.


Grâce à l'efficacité de Martin, de retour à New York, Christine obtient du cabinet un million de dollars. David a été remercié et tente de retrouver un job et de gagner le pardon de sa femme et leurs enfants. Christine, bien que n'ayant plus de contact avec Jacqueline mais la soupçonnant d'avoir aidé Jack à la harceler, déménage dans un appartement luxueux, effectue des placements juteux avec sa fortune et n'accepte plus que des clients très aisés, quitte à satisfaire leurs désirs les plus excentriques. Détachée de sa famille, la jeune femme ne semble plus tirer plaisir que de l'argent, fidèle au credo qu'elle avait expliqué à sa soeur comme quoi elle n'appréciait pas de compagnie dans son intimité.

D'abord, il y a dans la première saison de cette série une révélation comme on en croise rarement : il s'agit de son actrice principale, Riley Keough. A 28 ans, la petite-fille d'Elvis Presley s'impose dans ce rôle avec une présence exceptionnelle et une audace étonnante : il fallait posséder ces deux qualités pour incarner pareille personnage que celui de Christine/Chlesea car tous les treize épisodes reposent sur elle et nous la dévoilent (au sens propre et figuré) totalement.

Pourtant, cela étant dit, si la plastique divine de la comédienne est filmée sans fausse pudeur, The Girlfriend Experience n'a absolument rien d'un show racoleur et voyeuriste, invitant perversement le téléspectateur à venir se rincer l'oeil dans une collection de scènes osées ou une représentation aguicheuse de la prostitution.

Je n'ai pas vu le film initial de Soderbergh, qui avait fait le choix d'engager une actrice issue du cinéma "x" pour jouer le premier rôle, un choix qui avait divisé la critique et condamné le long métrage à une exploitation réduite en salles (ce fut d'ailleurs un échec, même si le cinéaste a pris l'habitude d'alterner des productions expérimentales dans le fond et la forme et d'autres plus "grand public" - ces dernières lui autorisant à financer les premières). Je ne sais donc pas si le scénario était plus crue compte tenu de ce casting spécial.

Dans le cadre de la série, évidemment, il ne s'agit pas d'aller trop loin non plus : la nudité intégrale (surtout féminine) y est exposée mais les actes sexuels ne sont pas reproduits, la caméra se tenant toujours à distance raisonnable, la photo (superbe) donnant un cachet élégant à ces moments. Le fait aussi qu'une femme, Amy Seimetz, ait co-écrit l'adaptation et réalisé la moitié des épisodes permet d'affirmer qu'aucun écart, aucun dérapage n'ait été toléré. On peut d'ailleurs noté que tous les clients de Chelsea sont respectueux avec elle (à l'exception notable de Jack, quand il sent qu'elle va lui échapper), ce qui constitue le seul bémol de la série : c'est un peu utopique d'imaginer qu'une escort-girl n'ait jamais affaire à un homme violent (par nature ou par frustration)... Ce que la saison 2 (que je suis actuellement en train de visionner) corrige nettement.

Le récit est d'une densité incroyable, surtout compte tenu du format de chaque épisode (25' en moyenne, avec après le générique de fin de chacun une petite interview des showrunners Lodge Kerrigan, l'autre réalisateur et scénariste, et Amy Seimetz). Loin d'égarer le spectateur avec ses multiples lignes narratives, le scénario prouve d'abord que les vies de Christine/Chelsea la poussent à jongler avec un agenda affolant, entre ses cours à la fac de Droit, son stage au cabinet Kirkland & Allen, et ses rendez-vous avec ses clients.

Et c'est en cela que le personnage est fascinant, et la composition de Riley Keough est époustouflante : pas plus que les auteurs ne jugent leur héroïne, pas davantage le spectateur n'est en mesure de vraiment comprendre ses réelles motivations. Pourquoi accepte-t-elle de se prostituer (sinon au début pour arrondir ses fins de mois) ? L'affection qu'elle affiche pour certains de ses clients n'est-il qu'une comédie ou est-elle parfois sincère (on pense à Kevin, qui s'endette au point de souscrire des emprunts pour la payer jusqu'à lui demander, désespéré, si elle peut baisser ses tarifs ; ou à Michael Cilic, qui, bien avant d'en faire une des ses héritières, entretient avec elle un rapport qui tient à la fois du père et de l'amant auquel elle répond avec une surprenante tendresse) ? Sa détermination à confondre puis à éliminer professionnellement David Tellis tient-elle à une sorte d'intégrité morale ou n'est-elle que l'expression du mépris que lui inspire ce supérieur infidèle (envers sa femme et le cabinet juridique) ? Repousser Jack est-il un réflexe par refus de s'engager sentimentalement ou la réplique qu'elle adresse à un client jaloux et agressif ?

Tout le mystère de Christine permet au téléspectateur d'imaginer qui elle est, ou peut être, chacun se fera son idée sans être définitif. Sans doute l'explication tient-elle à, comme elle l'explique à sa soeur, qu'elle n'aime pas qu'on lui dicte sa conduite, qu'elle déteste se plier aux règles, aux usages, aux conventions, et surtout qu'elle n'aime pas la compagnie des autres. Aller d'un homme à un autre, en tirer de l'argent (même quand elle n'en a plus besoin, sa fortune faite à la fin), lui suffit : pas d'attaches, pas de contraintes, d'obligations. Mais un soupçon d'insatisfaction quand même, peut-être, comme le suggère la toute dernière scène où elle se masturbe chez elle sans parvenir à jouir.

C'est parce qu'elle nous échappe, qu'elle nous glisse comme du sable entre les doigts, que la série gagne : elle nous frustre et en même temps nous questionne. Le mystère se distingue de l'énigme car une énigme a une solution : The Girlfriend Experience ne nous offre pas ce plaisir mais il nous en procure d'autres, plus profonds, troubles, vertigineux, sensuels et cérébraux à la fois. Envoûtant vraiment.

wildcard 31/12/2017 17h09


Après une première saison captivante et troublante, les showrunners de The Girlfriend Experience ont voulu changer totalement la formule de la série en développant non pas une mais deux histoires, indépendantes qui plus est. Lodge Kerrigan a écrit et réalisé 7 épisodes sur un couple féminin, Erica & Anna, tandis que Amy Seimetz a rédigé le scénario et assumé la mise en scène consacrés à l'arc narratif de Bria. Un pari risqué... Et qui ne tient pas ses promesses.

*

Erica & Anna, par Lodge Kerrigan.

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Erica et Anna (Anna Friel et Louisa Krause)

Erica Myles est la directrice financière d'un sénateur Républicain en campagne pour être réélu. Lorsqu'un des donateurs prévient qu'il veut miser sur un autre candidat, elle cherche par tous les moyens à l'en empêcher et s'informe à son sujet. Ainsi apprend-elle qu'il fréquente des escort-girls et contacte l'une d'elles, Anna Carr. Cette dernière accepte de piéger ledit Mark Novak en produisant une sextape contre une récompense et parce qu'elle ne supporte pas ce client qu'elle considère comme un "porc".


Novak sous contrôle, Erica s'occupe de nouveau à lever des fonds auprès de puissants hommes d'affaires qui, en échange de leurs contributions, réclament du sénateur qu'il fasse voter des lois en faveur du libre marché, d'allègements d'impôts sur leurs sociétés et autres commodités. Anna accepte de revoir Erica gracieusement et elles deviennent amantes après que la seconde ait avoué à la première sa rupture récente avec l'avocate Darya Esford.


Lorsqu'un certain Peter Koscielny est prêt à donner 25 millions $ à Erica, elle s'interroge sur la provenance d'une telle somme, sachant que celui qui la verse est en affaires avec un industriel canadien - or la loi américaine sur le financement des campagnes électorales nationales interdit tout argent provenant d'un pays étranger. Son assistante, Sandra Fuchs, est abordée par le F.B.I., qui a vent de l'affaire, et découvre que Koscielny est bien l'intermédiaire de Martin Orban, résidant au Canada.


La situation amoureuse et professionnelle d'Erica sombre alors : Darya fait mine de revenir vers elle et l'oblige à quitter Anna avant de l'abandonner une nouvelle fois, tandis que le F.B.I. ouvre une enquête contre elle. Licenciée de l'équipe de campagne, rejetée par Anna qui ne lui pardonne pas ce qu'elle lui a infligée, Erica songe au suicide sans s'y résoudre mais en ayant tout perdu.

*
Bria, par Amy Seimetz.

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Bria (Carmen Ejogo)

Sarah Day bénéficie du programme de protection des témoins du F.B.I. en échange de son témoignage contre son mari, Donald Fairchild, un homme d'affaires mêlé au trafic de drogue. Elle et sa belle-fille, Kayla, une adolescente qui n'accepte pas sa décision, sont confiées aux soins du marshall Ian Olsen qui les loge et trouve un travail et une nouvelle identité à Sarah - qui s'appelle à présent Bria Jones.


Supportant mal son nouveau train de vie, plus modeste, et devant composer avec Kayla, Bria s'inscrit sur un site d'escort-girls dans l'espoir d'attirer l'attention d'un riche client. Elle rencontre ainsi Paul, coach en développement personnel, avec lequel elle entame une relation étrange car il souhaite apprendre à les connaître, elle et sa fille, pour fonder une famille et fait des efforts dans ce sens.

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Ian Olsen et Bria (Tunde Adibempe et Carmen Ejogo)

Olsen, méfiant, file Bria et pose des micros chez elle, découvrant ainsi qu'elle monnaie ses charmes avec un autre homme et fréquente Paul. Son courroux trahit l'attirance qu'il éprouve pour elle, même s'il a au départ repoussé ses avances. Bria a la confirmation par sa voisine que Donald Fairchild et ses sbires l'ont localisée et elle demande alors de l'aide à Paul qui la lui refuse, étant en compagnie d'une autre femme qui, effrayée, appelle la police.

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Kayla et Bria (Morgana Davies et Carmen Ejogo)

Trahie par Olsen, à qui elle s'est donnée, et par Paul, qui l'a repoussée, mais confiée à nouveau au F.B.I et séparée de Kayla, qui s'était adoucie envers elle, Bria feint un malaise lors de son témoignage au tribunal en présence de Donald et réussit à s'enfuir en trompant la vigilance de ses gardiens. Elle entraîne son client dans le désert voisin contre la promesse d'une prestation sexuelle mais en vérité, elle attend les arrivées d'Olsen puis de Fairchild, blessant le premier et tuant le second. Elle s'éloigne puis s'arrête près d'une rivière pour laver le sang sur son corps et ses habits en réfléchissant à la suite, livrée désormais à elle-même.

Il n'y a guère plus désagréable que, d'une part, constater qu'une nouvelle saison d'une série dont la première avait été une épatante réussite puisse décevoir en égale proportion, et d'autre part, d'avoir le sentiment que les auteurs, si inspirés hier, semblent ne plus savoir ce qu'ils racontent aujourd'hui. Ce sont les impressions qu'on ressent après avoir vu cette deuxième cuvée de The Girlfriend Experience, pourtant pilotée par le duo Lodge Kerrigan-Amy Seimetz.

Peut-être la raison n'est-elle pas à chercher plus loin que dans le fait que les deux scénaristes-réalisateurs ont travaillé chacun de leur côté et non ensemble, développant deux arches narratives distinctes mais aussi inabouties l'une que l'autre.

Pourtant les situations explorées s'annonçaient prometteuses, variant habilement avec celles de la première saison et l'histoire palpitante de Christine Reade. D'un côté, on a droit à la romance tortueuse d'une directrice financière d'un sénateur avec une call-girl sur fond de magouilles électorales. De l'autre, la tentative d'un ancienne escort-girl d'échapper à la fois à son passé et à un mari véreux tout en retombant vite dans ses travers.

Mais, voilà le problème, aucun de ces deux récits ne prend vraiment. Diffusée alternativement par deux épisodes consécutifs chaque semaine (alors que la première saison avait été proposée intégralement, à la manière des séries Netflix), la production Starz déçoit à mesure qu'elle avance - avance plus qu'elle ne progresse car, et c'est l'autre terrible sensation qui s'imprime chez le téléspectateur, malgré un format toujours identique (environ 25' par chapitre), tout semble plus long, plus décompressé, et plus vide.

A l'image, cela se traduit littéralement par, dans l'histoire concernant Erica et Anna, des décors dépouillés à l'extrême, comme si le budget allouée au mobilier n'avait pas été dépensé. On peut comprendre ce parti-pris esthétique, la première saison pariant déjà sur une certaine épure en relation avec la distance (d'aucuns diraient la froideur) de la narration. Mais ici, entre des bureaux désespérément vides et des appartements impersonnels à l'excès, l'austérité est telle qu'on a du mal à croire que les personnages y travaillent ou y vivent.

Par contraste, la passion qui étreint Anna, au point qu'elle refuse qu'Erica la paie pour la revoir, et son amante en montre (beaucoup) plus que dans la saison précédente (les scènes de sexe sont plus déshabillées, les étreintes plus longues, les sentiments captés plus directement). Mais on a souvent le sentiment que ces deux femmes s'aiment dans mausolée si grisâtre que leur relation semble vouée à s'éteindre faute d'un foyer plus chaleureux.

Dans ces conditions, Anna Friel, étonnante en lesbienne pathétique et cruelle, et surtout Louisa Krause, prodigieusement belle et bouleversante en prostituée trahie, ont bien du mérite pour insuffler un peu de vie à ce cadre glacé qui semble conçu pour écoeurer le téléspectateur.

Malgré tout, Erica & Anna fait figure de réussite par rapport aux efforts déployées par Amy Seimetz pour l'histoire dédiée à Bria. Là encore, l'argument initial est intéressant et les premiers épisodes, malgré un rythme languissant et des effets de caméra curieux et pas très heureux (filmé à l'épaule, avec une lumière naturelle et un montage heurté, tout ça pour suggérer le basculement de l'héroïne), sont assez accrocheurs. On s'identifie facilement à cette femme qui doute de son choix, doit supporter une ado en colère contre elle, livrée à des agents fédéraux qui la soumettent à une curieuse machine censée la préparer à témoigner sans faillir contre sa crapule d'ex-mari.

Puis le dispositif patine et cale complètement. Ce n'est l'étrangeté du personnage de Paul (jouée avec une agaçante affectation par Harmony Korine, l'ex-enfant prodige du cinéma indé américain) ou la présence marmoréenne de Tunde Adebimpe en marshall troublé qui dérange tant que l'absence d'empathie qu'on ressent pour cette Bria jouée par Carmen Ejogo.

La comédienne n'est pas mauvaise mais elle est invraisemblable. Avec son visage peu expressif, son attitude de dure-à-cuire, elle a du mal à faire exister de manière probante son personnage dont le passé d'escort-girl est inexploité - elle pourrait tout aussi bien avoir été une desperate housewife mariée à un gangster que le récit n'en serait pas affecté, et c'est quand même un souci pour une série autour des prostituées de luxe.

Quand à la fin de son aventure, après juste un rapide flash-back pour justifier ce qui va arriver, elle bute son époux et blesse son protecteur du FBI comme une ancienne tueuse professionnelle, on sombre dans le ridicule. Visiblement, Amy Seimetz ne savait pas comment conclure ou a voulu tenter un twist si "hénaurme" qu'il se retourne contre elle et son histoire. Histoire déjà plombée par le manque de caractérisation accablant des seconds rôles (la belle-fille réduite à une caricature, le marshall à l'attitude visible à des km, Paul à la bizarrerie moins troublante qu'horripilante)... L'affaire était pliée et impossible à sauver.

L'avenir de la série est flou : Starz aurait prévu au minimum quatre saisons, mais à cette heure aucune nouvelle confirmant une troisième n'a été communiquée (si ce n'est qu'un nouveau showrunner devrait la mener). Le concept a pourtant encore du potentiel, souhaitons donc que tout le monde se reprenne pour ne pas rester sur cette déconvenue.

bukowski 06/01/2018 00h09

J'ai tenté le reboot de MacGyver qui passait sur la 6 ce soir et je suis agréablement surpris. Ca ressemble plus à du Mission : Impossible qu'à la série originale. Il y a un fil rouge intéressant qui promet pas mal de rebondissements. La team est attachante.
Une série basique mais bien fichue. Je sais quoi faire les prochains Vendredis. ;)

Fred le mallrat 07/01/2018 21h07

Citation:

Envoyé par fabienvanec (Message 1665509)
Hello !

Je n'ai vu que les 3 premiers épisodes mais j'ai trouvé ça très bien ! Des persos et des ambiances très décalés mais cohérent ! ça oscille entre comédie et drame.

j ai adoré
du Wes Anderson plus mélancolique

wildcard 08/01/2018 16h43

Pour cette série que je vous recommande, pas de résumé de l'intrigue car je sais que j'ai l'habitude de tout raconter et ça peut dissuader la découverte. Néanmoins, vous trouverez l'intégralité de mon article sur mon blog (le lien est dans ma signature).


Encore un bon exemple d'une série que j'ai failli bêtement laisser filer quand, il y a quelque temps, j'avais regardé le premier épisode sans être plus séduit que ça. Depuis, j'ai découvert son interprète principale, Michelle Dockery, dans le western de Netflix, Godless, et cela a suffi à me convaincre de donner à Good Behavior une seconde chance. Bien m'en a pris car ce thriller créé par Blake Crouch et Chad Hodge est une réussite qui dépasse vite le simple divertissement comme il apparaît d'abord pour proposer des personnages et une intrigue étonnamment fouillés.


Quand cette première saison (la série a été renouvelée deux fois depuis) démarre, on est désarçonné par le ton qu'elle adopte et qui trompe le téléspectateur sur la nature réelle du show. D'un côté, une superbe voleuse, distinguée dans ses tenues chics et grimée avec de multiples perruques, tout juste sortie de prison mais visiblement peu encline à se racheter une conduite. De l'autre, un séduisant tueur latino, aussi implacable qu'entreprenant, méticuleux mais ne laissant rien passer à cette enquiquineuse qui l'a surpris en train de conclure un contrat. On paraît être engagé dans une comédie policière, plutôt légère et très sexy, mais inoffensive.

Et puis, progressivement, les choses prennent une tournure inattendue. D'abord, le meurtre rétribué accepté par Javier est accompli de manière glaçante, servant en vérité une vengeance de son commanditaire (il s'agit de liquider un couple de chauffards qui a renversé mortellement un enfant et pris la fuite). Ensuite, sa relation avec Letty devient vite charnelle et passionnelle. Ces deux-là jouent un "je t'aime... Moi non plus" très corsé et complexe où le fait d'être obligés de cohabiter les irrite autant qu'il exacerbe leur attirance.

Plus la série avance, plus ses auteurs-créateurs, Blake Crouch et Chris Hodge, s'amusent à surprendre le public en déjouant ses attentes. Le contrat de Javier rempli, il laisse, comme promis, filer Letty et nous découvrons qu'elle est la mère d'un garçon de dix ans mais qu'elle ne peut le voir sans la permission de sa propre mère, Estelle. Prise en étau entre deux amis d'enfance qui veulent pourtant l'aider mais dont les aléas conjugaux complexes sont un vrai piège, Letty rappelle Javier pour fuir son patelin mais aussi ses responsabilités maternelles qui l'effraient.


Après la rencontre dans un premier temps, la vérité au sujet de Letty dans un deuxième temps, le show dévoile dans un troisième temps le passé de Javier durant une réunion de famille particulièrement tenue et intense. Encore une fois, la profondeur psychologique dont est capable le script, servi par une réalisation très soignée (superbe photo, sens du rythme infaillible, caractérisation exemplaire), épate en fournissant aux protagonistes un background vertigineux, dépassant largement les clichés du banal thriller.

Dans sa quatrième et dernière partie, Good Behavior suscite encore son lot d'émotions fortes et de péripéties inextricables simplement, se permettant même d'introduire deux personnages supplémentaires mais essentiels pour annoncer les complications à développer pour sa saison deux - le père de Jacob, l'agent du FBI Lashever.

Tous ces éléments, ajoutés à l'excellence de l'interprétation - Michelle Dockery extraordinaire de classe et de fébrilité, Juan Diego Botto sensationnel en tueur hanté, et Terry Kinney, irrésistible en agent de probation ensorcelé - , contribuent à faire de la série une réussite constamment surprenante, esthétiquement et narrativement impressionnante, à la fois divertissante et touchante, prenante et riche.

Il n'y a rien qui ne serait pas transposable en France dans Good Behavior mais ce qui la distingue de l'ahurissante masse de médiocres séries équivalentes produites dans l'hexagone, c'est réellement l'exigence de son écriture. Tout ce qui ici relève des stéréotypes est transcendé par le traitement qui consiste à ne pas s'en contenter : Letty peut tout voler mais cela ne lui paie pas une vie digne de femme et de mère, Javier peut éliminer n'importe qui mais pas son passé ni ses sentiments. A leur image, cette série nous charme mais sans jamais se contenter de nous draguer : on atteint le dénouement de cette saison avec l'envie de suivre les aventures de ses héros.

*

Depuis j'ai enchaîné avec la saison 1 de Into the Badlands, qui ne compte que six épisodes mais qui est absolument ébouriffante. Je vous en toucherai un mot prochainement... La saison 2 de Chance m'attend.

FrancoisG 10/01/2018 12h35

Citation:

Envoyé par Fred le mallrat (Message 1737769)
j ai adoré
du Wes Anderson plus mélancolique

De quelle série parlez-vous ?

Ici, on termine Godless, plus que deux épisodes, hélas. On aimerait que ça ne se finisse jamais... Ca va être dur de s'affranchir de cet univers :ouf:

Fred le mallrat 10/01/2018 13h14

Flowers S1 (désolé je pensais que c etait dans ma citation..)

wildcard 11/01/2018 16h30


Alors que je suis actuellement la deuxième saison de la série, j'en profite pour rédiger (enfin !) une critique des treize premiers épisodes de Chance, diffusés en 2016-2017 sur Hulu. Cette production fit sensation en marquant le retour à la télé de Hugh Laurie dans le rôle principal, après Dr. House. Mais c'est loin d'être la seule raison de s'intéresser à cette adaptation du roman de Kem Nunn par lui-même et Alexandra Cunningham.

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Eldon Chance et Jacklyn Blackstone (Hugh Laurie et Gretchen Mol

Je dois d'abord préciser que je n'ai pas lu le roman de Kem Nunn, il m'est donc impossible de savoir s'il s'agit d'une adaptation fidèle, mais que l'auteur soit un des producteurs de la série et en ait supervisé l'écriture laisse penser que le résultat correspond à sa vision.

Et c'est ce qui séduit en premier dans Chance : le soin apporté à l'ambiance et à la caractérisation. La série nous présente un personnage principal très original et la galerie d'individus qu'il croise, positivement et négativement, se distingue par leur complexité, une richesse psychologique qui rejaillit sur une intrigue fouillée, touffue, palpitante, même s'il faut un peu de temps pour s'habituer au rythme un peu languissant avec lequel elle se déploie.

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Raymond Blackstone (Paul Adelstein)

On pouvait craindre qu'avec Hugh Laurie dans le premier rôle, on ait affaire à un héros similaire à celui qui a fait sa gloire mais Eldon Chance n'a rien à voir avec le misanthrope Dr. House. Toutefois, les deux ne sont pas dissemblables : dans les deux shows, ce sont des médecins borderline, mais là où Gregory House était un freak control odieux avec les autres à cause de son infirmité, Eldon Chance est un être dépassé par ses pulsions alors même qu'il a pour profession d'analyser celles des autres et de les accompagner dans leur thérapie.

Sa liaison toxique avec Jacklyn Blackstone est fascinante instantanément et son incarnation par Gretchen Mol permet au téléspectateur de comprendre pourquoi car l'actrice lui donne sa beauté et une sensibilité troublantes, passant de Jacklyn à "Jackie", son double sensuel, avec une subtilité confondante. La fébrilité qui s'empare de Chance et la manière sensationnelle avec laquelle l'exprime Laurie confèrent à la série une intensité remarquable.

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"D" et Eldon Chance (Ethan Suplee et Hugh Laurie)

L'intrigue ménage constamment des surprises, entretient le doute avec brio : a-t-on affaire à une affabulatrice ? Une maniaque complice et non victime d'un flic ripou ? Et jusqu'à quel point Chance va-t-il réussir à épargner ses proches avec ce dans quoi il s'implique ? Cette lente et inexorable glissade psycho-sexuelle nous embarque dans un monde de plus en nocturne, étrange, inquiétant (jusqu'à un camp de "survivalistes" para-militaires), et donne une chair à la fois tentatrice et violente au cauchemar cérébral du héros à mesure qu'il suit (dépend de plus en plus) de "D", joué par l'impressionnant Ethan Suplee.

La morale de Chance dessine bien la frontière ténue entre le sexe et la violence, le désir de jouir d'une femme clandestinement et celui de se faire justice - d'ailleurs, l' "amnésie" dont prétend être atteint le héros résume bien son basculement : il a tué celui qui se dressait entre lui et celle qu'il voulait, mais surtout ses limites éthiques se sont brisées, il ne sera plus jamais un simple thérapeute qui accompagne des patients, des victimes ; il est devenu un justicier.

Cette porte ouverte, vertigineuse, laisse deviner la direction de la saison suivante, dont le récit est, pour l'instant, effectivement encore plus tortueux et amoral...

wildcard 19/01/2018 16h31

Into The Badlands est la nouvelle série créée par le duo Alfred Gough-Miles Millar. Pour tous ceux qui ont passé des Samedi soirs entiers devant M6 à une époque, ces deux noms sont associés à Smallville, feuilleton sur la jeunesse de Superman et show très frustrant, souvent kitsch. Rien de bien engageant donc... D'où la surprise énorme devant la qualité de ce nouveau projet, à mi-chemin entre le chambara, la dystopie et le western, dont la première saison de (seulement) six épisodes se révèle d'une densité narrative peu commune.


Le premier atout de Into the Badlands est de raconter ces intrigues sur un rythme soutenu et avec un souci de lisibilité constant. Dès le premier épisode, tous les principaux personnages sont présentés, les enjeux situés, et les tensions exposées. Cela a valu à la série d'être flatteusement comparée à Games of thrones, mais avec beaucoup moins de sexe et d'éléments fantastiques, ce qui n'est pas plus mal (en tout cas moins lassant car moins systématique).

L'histoire démarre très fort avec une extraordinaire scène de combat qui, elle, renvoie à la comparaison que firent ses fans avec celles d'Iron Fist sur Netflix : Daniel Wu, la vedette ici, est un véritable acrobate, expert en arts martiaux, acteur et scénographe américano-chinois, qui a longtemps collaboré avec Jackie Chan. Bien qu'il ait recours à des câbles (effacés en post-production), son agilité prodigieuse porte ces morceaux de bravoure qui sont effectivement d'un tout autre niveau spectaculaire que le kung-fu timide pratiqué par Finn Jones. Du coup, la même exigence est demandée à ses partenaires et en particulier Emily Beecham, magnifique dans le rôle de la Veuve, aussi séduisante que redoutable. Le charisme des deux interprètes assure à Into the Badlands une dimension épique mais aussi une élégance rare, le budget costumes-accessoires-décors (tous naturels) étant à la hauteur de l'univers dans lequel se situe le récit.


De manière habile, Gough et Millar ont choisi d'articuler ledit récit autour d'une cité légendaire située hors des Badlands : elle n'est évoquée qu'avec parcimonie durant les six épisodes mais devient un véritable fantasme entêtant pour les héros pour qui Azra est un refuge potentiel (pour le couple Sunny-Veil), un foyer abandonné jadis (pour la Veuve), un lieu abritant un culte mystérieux (pour M.K. et les prêtres), un site à conquérir (pour les Barons)... Le téléspectateur a lui aussi tout le loisir d'imaginer cette ville tout en craignant sa corruption par les moins recommandables des personnages.

Car la série fonctionne aussi sur une citation, qu'on croirait tout droit sorti du Parrain : "Le pouvoir ne se reçoit pas, il se prend", et qui anime Ryder, fils mal-aimé du Baron Quinn, dont le complexe d'Oedipe atteint son paroxysme progressivement, et Zypher, sbire du Baron Jacobee dont l'ambition dévorante en fait une alliée en qui il n'est guère prudent de fait confiance.

La mythologie du show fonctionne pleinement, si efficacement qu'on n'a pas besoin de savoir s'il s'agit de notre monde, ou si c'est le cas, comment il a abouti à ces baronnies mafieuses, chacune dépendant des autres grâce aux ressources qu'elles cultivent et exploitent, et qui constituent le sommet d'une pyramide sociale avec ces seigneurs, ses guerriers, ses nomades, ses prostituées, ses gueux, etc. Les fans de comics trouveront un air de famille évident avec la série de Greg Rucka et Michael Lark, Lazarus (publiée chez Image Comics).

Le casting se distingue aussi par la puissance de ses rôles féminins, avec d'excellentes prestations de Sarah Bolger, Orla Brady, Madeleine Montauck, Ally Ioannides. Elles ne sont pas de simples faire-valoir à côté d'hommes dont les gueules et leurs incarnations sont mémorables, avec Marton Czokas, Stephen Lang, Oliver Stark, Lance E. Nichols et Lance Henriksen. Au milieu de cette troupe, le jeune Aramis Knight alias M.K. a un peu du mal à exister, d'autant que son personnage est ingrat (une vraie tête à claques, "ténébreux" incontrôlable) mais gageons qu'avec ce qui lui arrive finalement, la saison 2 lui permettra de produire une meilleure prestation, plus nuancée.

Superbement réalisé, écrite avec une maîtrise impressionnante, cette production (renouvelée pour deux saisons, chaque fois plus fournies en épisodes, ce qui est bon signe) est un divertissement jubilatoire et ébouriffant.

JB 19/01/2018 16h38

Lance Henriksen :luv:
C'est bête, mais je dois avouer que j'ai lu "Into the Brolands" sur l'image (pas aidé par le gars torse nu ^^), du coup j'imaginais une série sur le bizutage dans les universités US :stupide:

wildcard 19/01/2018 16h42

Je viens de finir la saison 2 (plus longue : 10 épisodes) et vraiment cette série est formidable, elle prend de l'ampleur, gagne en intensité. Une révélation.
La saison 3 est prévue pour Avril, avec 16 épisodes cette fois !

Je recommande vivement : tous ceux qui trouvent que les séries Marvel-Netflix manquent un peu (beaucoup ?) de nerf devraient regarder ce show parce qu'effectivement, ça ne boxe pas dans la même catégorie.

Slobo 09/02/2018 00h56

Bon je m'embêter alors j'ai fait Designated survivor.
Y'a des trucs qui sont difficile à avaler (Wells recherchée par toute les organisations et qui fonce vers le lieux ou le président à son discourt), Y'a du revu plusieurs fois (L'accident de voiture de wells).
Le président est trop fort il n'a que des bonnes réponses à presque tout les problèmes.
Par contre je suis déçu sur les couple je préféré Emma avec Aaron qu'avec Seth. Ou j'aurais aimé que Wells soit avec l'informaticien plutôt que l'agent anglais.

slater74 10/02/2018 00h10

Avis aux nostalgiques de cette série fantastico-policio-animalière des années 80, je viens de mettre en ligne un dossier consacré à MANIMAL: http://www.toku-onna.fr/critiques/manimal

http://www.toku-onna.fr/images/revie...al/casting.jpg

JB 10/02/2018 00h40

La réplique immortelle de Tyler : "Ah, j'avais compris que quand ils disaient "Sifu", ils s'adressaient à une demi-douzaine de dingues"

wildcard 12/02/2018 16h16


Produite et d'abord diffusée d'abord sur Discovery Channel, la série en huit épisodes Manhunt - Unabomber, malgré d'excellentes critiques (et une publicité alimentée par une polémique avec d'anciens membres du F.B.I.), a pâti de la comparaison quelques mois plus tard avec le chef d'oeuvre produit par David Fincher, Mindhunter, parce que les deux shows exploraient des territoires similaires. Pourtant, la création d'Andrew Sodroski ne manque pas d'atouts, misant sur un classicisme proche du docu-fiction et réussissant à captiver avec une histoire vraie dont on connait l'issue .

Comparer frontalement Mindhunter et Manhunt - Unabomber dessert stylistiquement le second tout en soulignant la vanité de ce duel. La production de David Fincher était une exploration de la psyché des tueurs en série quand le FBI en était encore à se demander si le profilage était un moyen efficace de les définir ainsi et de les arrêter. Toute la première saison s'appuyait sur des échanges en deux agents qui mettaient au point une technique et découvraient qu'il n'existait pas qu'un genre de criminel.

Le show créé par Andrew Sodroski pour Discovery Channel (qui a fini par être rediffusé sur Netflix au moment où était proposé Mindhunter) joue davantage la carte du thriller, mais sans sacrifier totalement à ses codes. En vérité, il peut se considérer comme le complément de Mindhunter puisque les faits relatés ici sont tous vrais (ou en tous cas à 90%, puisque des événements et des personnages ont été condensés) et que le terme de l'aventure est connu ("Unabomber" a été arrêté et condamné). Le vrai lien entre les deux programmes est leurs héros : James Fitzgerald est, comme Holden Ford et Bill Tench, un précurseur. Ce statut lui vaut la méfiance, la défiance même, de ses collègues et sa hiérarchie pour qui ses méthodes sont au mieux farfelues, au pire une perte de temps et d'argent.

Mais, plus fortement encore que dans Mindhunter, ce que Manhunt - Unabomber souligne, c'est la notion de sacrifice et le motif du transfert. Quand Fitzgerald est recruté par le FBI pour intégrer l'unité "Unabomb", il a déjà la trentaine et végète dans une brigade appréhendant des grafffeurs, parce qu'il a eu le malheur de refuser de faire sauter des contraventions à un ami de son supérieur. Ce qui lui a permis d'être remarqué, ce sont ses excellentes notes au concours. Mais on lui fait ensuite vite comprendre que, si doué soit-il, il n'est qu'un rouage dans une machine complexe où seuls valent les preuves matérielles et où l'analyse par des moyens informatiques est devenue la nouvelle tendance.

"Fitz", lui, invente, sans même s'en rendre compte, une nouvelle méthode de profilage en ne se basant pas sur les clichés psychanalytiques appliqués à la criminologie (la frustration sexuelle, le manque d'éducation, la soif de revanche sociale motivant les terroristes) : il s'appuie sur le langage, la façon d'articuler la pensée, de formuler les idées, il cherche littéralement le diable dans les détails. Une investigation laborieuse, exaspérante, qui repose sur des suppositions, des recoupements, des accumulations, des indices ténus. Tout ce qui horripile une administration pressée par le temps, exigeant des résultats, soumise à la pression politique et médiatique.

Le récit s'étale sur la la période 1993-1997, du recrutement de "Fitz" au procès de Ted Kaczynski, avec entre les deux l'année 1995, déterminante à tous points de vue, puisque c'est alors qu'est publié le manifeste d'"Unabomber", le document essentiel pour le comprendre, l'identifier, le localiser, et le confondre. De 93 à 95, Fitzgerald perd et gagne tout : son implication totale dans l'enquête, son isolement au sein du service, les humiliations subies par son supérieur Cole (Jeremy Bobb absolument infect), le manque de considération de son chef Ackerman (Chris Noth aussi fébrile que dédaigneux), ont raison de sa famille (sa femme finit par le quitter, il ne voit plus ses enfants), de ses partenaires (Tabby sera virée pour l'avoir aidé quand il aura été un temps écarté de l'affaire et il la dénoncera pour pouvoir être réintégré, Natalie Rogers qui croira à une attirance mutuelle découvrira qu'il s'est d'abord servi d'elle comme d'une ouvrière). Mais sa pugnacité surhumaine (et contestée aujourd'hui par ses collègues de l'époque) lui permettent de percer à jour "Unabomber", d'en dresser le portrait parfait, puis de corroborer sa thèse grâce à la correspondance transmise par David Kaczynski : autant d'éléments qui auront raison des doutes de sa hiérarchie et permettront l'arrestation de Ted Kaczynski.

Il y a donc une part de chance malgré tout dans le travail de fourmi de "Fitz" (sans la dénonciation de David Kaczynski, tout se serait effondré). Mais aussi une aliénation, presque une contamination du détective par le criminel : Ted Kaczynski était effectivement un esprit supérieur à celui de Fitzgerald - plus âgé, plus diplômé, plus extrême. Dans sa radicalité, "Unabomber" n'a commis qu'une erreur : en voulant être reconnu pour ses idées, dont il était convaincu qu'elles changeraient positivement la société, mais en recourant à la violence pour d'abord se venger d'institutions et d'instruments qui l'avaient martyrisé et qui résumaient son aversion pour la modernité corruptrice, il a voulu comme il l'écrivait "avoir l'argent du beurre et le beurre" (la série explique d'ailleurs qu'il s'agit là de l'expression exacte, contrairement à ce que tout le monde croit), être en dehors du monde pour ne pas être infecté par lui tout en aspirant à être célébré par cette société qu'il abhorrait.

La série montre, de façon vertigineuse, comment le Mal incarné en croisant celui qui le terrassera l'influence étonnamment : "Fitz", littéralement vidé par ces années dévouées à capturer Kaczynski, qui a vu ses collègues être félicités à sa place (s'appropriant même le mérite d'avoir créé la linguistique judiciaire qu'il avait mis en forme), part vivre dans les bois, comme "Unabomber", jusqu'à ce que le FBI lui demande de revenir pour persuader Ted de plaider coupable. C'est un subtil mélange d'orgueil (parvenir à convaincre le terroriste) et de peur (la probabilité réelle qu'il s'en sorte si ses avocats plaident la folie) qui motive l'agent spécial à accepter cette mission, dont le processus ne diffère guère de sa précédente tâche : encore un fois, il faut éplucher des dossiers, des notes de bas de pages, trouver la faille, disputer une partie d'échecs, avoir un coup d'avance. S'il ne s'agit plus d'anticiper un attentat, il faut empêcher un criminel d'éviter la prison.

Dans ce jeu où vérité, conviction et justice s'entremêlent, le duo-duel, souvent à distance (car, contrairement à Mindhunter, les face-à-face entre Fitzgerald et Kaczynski sont rares - d'ailleurs, en réalité, l'agent n'a jamais rencontré le terroriste), entre Sam Worthington (d'une sobriété formidable, quasi-autiste, fuyant la performance - ce qui explique sans doute pourquoi, malgré un premier rôle dans le triomphal Avatar de James Cameron, l'acteur australien ne réussit pas à devenir une vedette hollywoodienne) et Paul Bettany (confondant, même s'il faut vraiment attendre les trois derniers épisodes pour que le comédien dispose d'assez de scènes pour démontrer la qualité impressionnante de son interprétation) atteint des sommets d'intensité. Serrer un coupable aussi retors fournit une matière fabuleuse et excitante au possible.

Sans diminuer Mindhunter, plongez dans ce Manhunt - Unabomber (en prévision de futures saisons relatant d'autres "chasses à l'homme" célèbres ?) : passionnant, vibrant, c'est une vraie réussite.

FrancoisG 13/02/2018 17h36

Pour Mindhunter, je n'avais pas spécialement envie de savoir la suite mais c'était un très grand plaisir de retrouver les personnages et l'ambiance. Curieusement, c'est Master of sex qui m'est rapidement venu à l'esprit... Et ce n'est pas fini.

Unabomber est selon mon ressenti plus marquant et poignant, il y a un réel affrontement et on a hâte de savoir "comment".

JB 13/02/2018 17h51

Je dois avouer que j'ai laché l'affaire dès le premier épisode, notamment à cause de (ce que je perçois être) l'absence de charisme de Worthington ainsi que des scènes proche des Manhunter/Le Sixième Sens qui, au jeu des comparaisons, mettaient en défaveur ce Manhunt - notamment la scène où l'ancien coéquipier vient tenter de convaincre le profiler de reprendre du service. L'alternance entre les deux époques ne m'a pas convaincu non plus

FrancoisG 13/02/2018 18h29

Il ne m'a pas convaincu plus que ça non plus, contrairement à l'autre acteur !
Pour les similitudes, c'est fort possible mais je n'ai pas fait le rapprochement, faut dire que ça reste classique à ce niveau.

Par contre, j'ai été déçu dès le début par l’alternance entre les deux époques, alors que ça prend tout son sens ensuite...
Maintenant que j'y repense, je n'ai pas été complétement addict tout de suite, je dois le reconnaitre.

wildcard 14/02/2018 17h03

Sam Worthington est un acteur curieux : c'est vrai qu'il n'a pas un charisme, une présence sidérants à l'écran. Mais pour ce rôle, je trouve que c'est bizarrement un choix judicieux parce que Fitz est présenté comme un agent obsessionnel, quasi-autiste, une sorte de fonctionnaire terne qui est absorbé par cette affaire. Faire le malin en jouant ça ou trop en imposer aurait desservi le personnage : c'est son manque d'envergure qui le rend finalement héroïque car personne ne croit en lui, même le téléspectateur doute que ce soit lui qui confonde Unabomber.

Paul Bettany a un jeu plus fin mais aussi un rôle plus payant : il vole les scènes et physiquement, il est étonnant avec ce look hirsute d'homme des bois puis d'intello possédé. Il a quelque chose de reptilien alors que Worthington est marmoréen : ça créé un contraste intéressant, je trouve.

J'aime bien ce style "underplay", même si c'est un parti-pris qui peut frustrer car j'aime bien aussi qu'un acteur sache être flamboyant.

En revanche, la construction ne m'a pas gêné : les allers-retours entre 95 et 97, l'étau qui se resserre, les échecs, les fausses pistes, c'est bien fichu. C'est aussi un contre-pied aux interrogatoires de "Mindhunter". Comme je l'ai écrit, les deux séries se complètent bien, elles se répondent même.

En ce moment, je me rattrape en découvrant "The Night Of", qui avait été prévu pour James Gandolfini. J'en suis pile à la moitié (quatre épisodes sur huit) et c'est glaçant, parfois aussi drôle (John Turturo qui a remplacé Gandolfini est magistral). Chaudement conseillé !

zenita 16/02/2018 23h25

Je viens de me refaire true detective saison 1. J’avais un très bon souvenir mais c’est encore meilleur la deuxième fois.
C’est un sans faute du début à la fin... quelle série !!!!

Les acteurs sont époustouflants, la mise en scène sobre et belle, la bande son discrète mais terriblement touchante.

J’en suis encore tout retourné

wildcard 17/02/2018 16h24


L'année est encore longue mais gageons que The Marvelous Mrs. Maisel figurera dans les premières places des meilleurs séries télé à la fin 2018 car le show créé par Amy Sherman-Palladino et produit-diffusé par Amazon Studios s'affirme comme un "instant classic", un chef d'oeuvre qui s'impose avec la force de l'évidence. Fastueux, drôle, intelligent, tonique, la série s'inscrit qui plus est dans le registre délicat de la comédie rétro et se permet de ressusciter un genre qu'on croyait disparu. Vraiment merveilleux !

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Miriam "Midge Maisel (Rachel Brosnahan)

Il y a dans cette série une grâce étourdissante et une modernité confondante qui impressionnent d'entrée puisque la toute première scène du premier épisode montre, lors du mariage de Midge et Joel, la jeune femme prononçant un discours désopilant à une assemblée médusée et hilare mais dont la chute choque le rabbin au point de le faire fuir (et de refuser de fréquenter les familles pendant quatre ans !).

Le mensuel "Première" interroge dans son dernier numéro (de Février) si un pareil show avait besoin d'une critique pour l'analyser et d'une défense pour attirer des téléspectateurs car sa virtuosité souffle ceux qui le découvrent et emballera ceux qui le suivront. On ne va quand même pas se priver de dire du bien de The Marvelous Mrs. Marvel qui porte si bien son adjectif.

D'abord, il y a le plaisir, simple, immédiat, du faste de la production pour nous entraîner dans la fin des années 50 avec un luxe vertigineux dans les décors, les costumes, toute l'esthétique follement élégante, l'ambiance électrique de l'époque. Cela renvoie aux classiques du cinéma qu'on adore tous pour leurs couleurs flamboyantes, leur bonne humeur euphorisante, ces remèdes imparables à la morosité dans notre quotidien grisâtre. Visuellement, c'est splendide.

Mais jamais étouffant ou écoeurant car la série évite brillamment d'en faire trop dans la nostalgie et rappelle au passage quelques vérités sur la condition féminine, la cellule familiale et l'atmosphère encore oppressante dictée par la censure : en 1958, des flics surgissaient dans des cabarets pour passer les menottes à des humoristes au verbe trop cru, les mariages étaient arrangés, la femme cantonnée au foyer (pour y élever les enfants, préparer le repas, accomplir les tâches domestiques quand la bonne ne s'en occupait pas).

C'est qu'en vérité, sous atours vintage ensorceleurs, The Marvelous Mrs. Maisel est une création féminine et surtout féministe, mais qui se révèle dans un discours moins attendu qu'on pourrait le croire. Evidemment le parcours de Midge pour s'émanciper, s'affirmer et s'imposer ne manque pas de piquant et s'inscrit dans un cadre intriguant - la scène du stand-up comedy - mais résonne d'un éclat singulier dans le contexte récent.

Nul n'ignore plus que désormais, depuis "l'affaire Wenstein" et les hashtags #Balancetonporc et #Metoo, à Hollywood et ailleurs, la parole, selon la formule répandue, s'est libérée. Et c'est très bien car il est nécessaire que les victimes n'en soient plus et que les harceleurs, agresseurs, soient jugés. Mais encore faut-il qu'ils le soient... Car victoire il n'y aura vraiment, progrès effectif sera réalisé si ces affaires crapoteuses sont portées devant la justice des tribunaux et jetées en pâture sur les réseaux sociaux, cour de justice aussi expéditive qu'inappropriée et non qualifiée. Enfin, cette révolution ne se fera pas sans les hommes qui ne sont pas tous des prédateurs sexuels (comme le sous-entendent certaines féministes aux propos plus revanchards que légalistes) mais aussi des soutiens pour les victimes effectives ou potentielles : bref, il faudra opérer en étant unis et non opposés à cause de paroles aigries, discriminantes, partiales, partielles.

De ce point de vue, Amy Sherman-Palladino (dont le titre de gloire remontait à la série Gilmore Girls, sympathique mais plus inoffensive) détone par sa modération mais aussi son acuité. L'auteur préfère à la diatribe, au pamphlet, au doigt pointé, la finesse et le rire pour à la fois montrer ce qui ne va pas (et ce, depuis longtemps donc) mais aussi comment ça pourrait aller mieux. Dénoncer sans oublier de fournir des solutions, c'est mieux.

Et la "libération de la parole", Midge l'éprouve littéralement et son histoire la développe admirablement. Mariée à un séducteur pourtant falot mais suffisant, qui vole le sketch d'un humoriste connu pour briller sur scène (en prétendant que c'est la coutume dans le métier), c'est elle qui possède l'essentiel : l'esprit, la présence, le talent. Elle s'appuie d'abord sur son sens de l'improvisation, vraiment hallucinant, mais ne s'en contente pas (elle ne s'en contentait pas pour son époux en prenant pour lui des notes sur les blagues qui fonctionnaient le mieux auprès du public) : son ardent désir de pratiquer en se produisant régulièrement, en recourant (inutilement) à un gagman dépassé, à jouer un temps avec un partenaire, à écouter et retenir les conseils avisés (jusqu'au cynisme) de Lenny Bruce (formidablement incarné par Luke Kirby - alors qu'il passe quand même après la composition inoubliable du comique par Dustin Hoffman), à refuser toutes concessions (quitte à se "suicider" artistiquement en descendant une vedette, dont l'hypocrisie est pourtant justement révélée), tout chez cette héroïne relève de la libération de la parole.

Midge ne veut/ne peut se contenter d'être une housewife docile, une bonne fille de bonne famille, une honnête artiste. Pour cela, l'expression est son salut, sa méthode, son aboutissement. Elle cherche moins la célébrité (comme en témoigne son tempérament incontrôlable) que la reconnaissance, et paradoxalement elle fait son chemin en doutant constamment (elle cherche l'approbation de Susie - extraordinaire Alex Borstein - , l'avis de Herb Smith - malicieux Wallace Shawn). Il y a Miriam, l'élève studieuse, la vendeuse professionnelle, la mère attentionnée, l'amie fidèle. Et il y a Midge, "Mrs Maisel", qui se cache longtemps derrière un pseudonyme idiot, sur le point de se résigner à ne plus qu'amuser la galerie dans des fêtes mondaines, puis dénonce la mascarade de Sophie Lennon, triomphe grâce à son seul mérite.

La réussite de Midge ne s'accomplit pas sans casse (Joel en sort humilié mais admettant la supériorité de sa femme, ses parents manquent de sombrer dans la tornade, son lien avec Susie évite de peu la cassure, sans compter deux arrestations qui manquent de compromettre la promotion de son père). Mais on est avec elle, malgré tout, envers et contre tous, car elle nous fait rire, nous charme, nous épate, sans une once de méchanceté, de rancoeur, d'esprit de revanche/vengeance. Avec dignité, pugnacité, et génie.

Pour supporter pareil personnage et assumer pareille partition, Amy Sherman-Palladino a été bien inspirée de faire confiance à une inconnue (bien qu'elle ait participé à quelques séries mais au second ou troisième rang) : l'extraordinaire Rachel Brosnahan. A la dernière cérémonie des Golden Globes, la série a fait sensation en raflant les récompenses dans la catégorie "comédie" mais surtout en valant à la comédienne le prix de la meilleure interprétation dans ce genre : surprise totale mais totalement justifiée. Avec sa voix flûtée, son débit de mitraillette, sa beauté d'un autre temps, son élégance naturelle, c'est une révélation comme a rarement l'occasion d'en profiter. Le rôle pourrait être écrasant, mais je veux bien miser que Rachel Brosnahan n'en restera pas là comme son personnage et qu'une yellow brick road s'ouvre devant elle.

Tout est à sa (dé)mesure : réalisation admirable, production design irréel, swing diabolique, on a presque envie de mettre en garde les curieux en les prévenant que ce show va leur donner le tournis. Mais être grisée avec une telle maestria est ce qui distingue un divertissement ponctuel d'un spectacle inoubliable. Alors, abandonnez-vous, vous ne le regretterez pas !

ArnaudXIII 19/02/2018 17h08

J'ai regardé le pilote hier soir et j'ai adoré. Très hâte de voir la suite.

Pour Rachel Brosnahan, je ne me fais pas de souci. Son rôle dans House of Cards n'avait rien à voir avec celui de Maisel et elle était déjà très bien.

Fuck Penny Pann ! :D

wildcard 11/03/2018 16h31

Je vous avais dit tout le bien que m'avait inspiré la première saison de Good Behavior, mais ce n'est pas sans une certaine appréhension que j'ai suivi ces dix nouveaux épisodes. Les showrunners Blake Crouch et Chad Hodge allaient faire aussi bien, voire mieux ? Réponse sans tarder dans ce qui suit.


Ce qui fait le charme de Good Behaviour, c'est son imprévisibilité et son glamour que menace constamment la dérive de son héroïne. Si on s'en tient à ces bases, alors cette deuxième saison est aussi enthousiasmante que la première, parvenant à conserver ses acquis sans tomber dans la routine et en faisant évoluer ses personnages principaux.


Cependant, on remarquera facilement que les dix épisodes sont en fait divisés en deux actes : dans un premier temps, le trio Letty-Javier-Jacob, qui a pris la poudre d'escampette après que la première ait tiré des griffes du FBI le second, cherche à refaire leur vie ailleurs. En vérité, il s'agit d'une fuite en avant, dont ils sont conscients : ils sont des fugitifs recherchés sur lesquels l'agent Lashever a promis de mettre le grappin. Et ça ne manque pas : au bout de trois épisodes, voilà le tueur et la voleuse, menottes aux poignets, en route pour la prison, victimes à la fois de leur manque de prudence mais aussi d'une trahison de la part de Estelle, la mère de Letty, qui refuse que celle-ci partage la vie d'un assassin, quitte à la perdre à nouveau.

Un twist très loufoque conduit les prévenus à renverser la vapeur en convaincant Lashever de mystifier le FBI qui l'a trop longtemps humilié. Un casse très drôle et totalement invraisemblable est commis dans un club de drag-queens, avec un suspense efficace à la clé. Puis une visite chez la grand-mère de Letty, elle-même ancienne aventurière malhonnête, convertit l'intrigue grâce à un deus ex machina un peu facile mais à l'impact ravageur.

Le second acte sépare le couple-vedette, tandis que Jacob est remis à Estelle pour le préserver. Les scénaristes n'épargnent pas au téléspectateur la déchéance de Letty et, dans une moindre mesure, de Javier. La voleuse se soûle et se shoote au point de se réveiller la nuit dans une forêt, sans se souvenir comment elle a atterri là, appelant au secours son ancien agent de probation (désormais amant de Lashever) pour la sauver. Javier reprend ses activités de bourreau tout en enquêtant sur la présence perturbante d'un ami d'enfance qui n'est visiblement pas là que pour consoler sa soeur Ava.

Le final est un modèle du genre, entre les retrouvailles des amants, un contrat déroutant et cruel rempli, la révélation du mobile de Teo, et l'issue terminale. Letty et Javier partent à Los Angeles avec un paquet important de drogue dont la vente va leur permettre de vivre tranquillement. Mais une voleuse et un tueur à gages à L.A. peuvent-ils vraiment raisonnablement échapper aux vices d'une telle mégalopole ? La fin est ouverte et alléchante (et comme la série a été renouvelée pour une troisième saison, on devrait se régaler).

Le show connaît donc une progression appréciable même si sa narration subit quelques chutes de rythme notables, une certaine tendance à tirer sur la corde (notamment dans la première partie de la saison où il est évident que les héros ne profiteront pas longtemps de leur cavale et ne sont pas dupes de leur vie de famille "normale"). Le casse dans le night-club tient un peu du grand n'importe quoi, tirant le récit vers la parodie de son genre, et l'apparition d'Alice est une facilité scénaristique bien pratique.

En revanche, quand les auteurs se focalisent sur les démons des deux héros - l'alcoolisme et la toxicomanie de Letty, son incapacité à assumer son rôle de mère, la violence intérieure irrépressible de Javier, sa méfiance paranoïaque, son envie de normalité impossible - , alors, là, la série atteint une singularité plus trouble, plus troublante, qui rend le couple à la fois si atypique et attachant. On se rend alors compte que leur entourage est presque accessoire, ne servant qu'à souligner ce qui est évident ( ce sont des marginaux, les vilains petits canards de leur milieu, qui ne s'intégreront jamais aux standards de la société à cause de leur vocation et de leur caractère, et c'est en l'acceptant qu'ils sont vraiment heureux).

D'une certaine manière, Letty n'est pas plus sympathique que Javier (elle abandonne son enfant pour mieux sombrer dans la boisson et la dope et lui se remet à tuer même si cela répugne sa soeur et met en danger celle qu'il aime), mais en osant se regarder en face, en s'entraidant même (au point de se contaminer : Letty finit par tuer un assassin et un innocent, Javier vole de la drogue), ils avancent, malgré tout.

Pour rendre fréquentables de tels individus, Michelle Dockery et Juan Diego Botto n'ont même pas l'air de forcer : il faut admettre qu'ils ont du charme à revendre, une élégance folle naturelle, qui ont raison de la résistance du téléspectateur. Il y a une alchimie redoutable entre les deux acteurs sur laquelle l'intrigue et le réalisation s'appuient beaucoup -presque trop, et il faudra sans doute penser à leur opposer un adversaire véritable dans les prochains épisodes, quelqu'un de plus coriace, plus retors que Lashever ou Teo, pour pimenter leurs aventures au-delà de leurs névroses.

Malgré quelques réserves donc, Good Behavior franchit le cap délicat de la deuxième haie avec brio : la production de la chaîne TNT a de beaux jours devant elle.

wildcard 18/03/2018 16h13

Pour résumer au mieux cette remarquable série (qui a, d'ores et déjà, été renouvelée pour une deuxième saison par Netflix) à la construction audacieuse, il faut que je redispose mon propre texte car l'intrigue le nécessite. En effet, l'adaptation en dix épisodes de son film éponyme par Justin Simien reprend la structure à la Rashomon (Akira Kurosawa, 1950) où un même événement est détaillé selon plusieurs points de vue. Ici, pour ne rien simplifier au critique, ce sont deux actes qui sont ainsi détaillés. Mais, loin de créer la confusion, ce procédé aboutit à un résultat puissant.


La première des qualités de Dear White People est de s'inspirer du long métrage de Justin Simien datant de 2014 sans vraiment l'adapter. L'auteur a bien saisi à quel point la différence de format qu'offre la télé et le découpage en épisodes (10 X 30 minutes) permet de développer plus subtilement et puissamment son sujet. Dans le long métrage, il était surtout question de l'élection de Sam à la tête de la résidence des étudiants noirs, au détriment de Troy, et des responsabilités que cela entraînait pour celle qui voulait d'abord jouer à la "black panther" au micro de sa décapante émission de radio et suivre ses cours de cinéma (sans trouver de sujet qui l'inspire). Sur un ton plus léger mais avec un rythme enlevé, le film raillait plutôt gentiment l'ère Obama et l'illusion que la réélection d'un président noir allait régler tous les problèmes raciaux de l'Amérique symbolisée par un campus.

La série est plus ambitieuse mais aussi plus fine, plus saillante, plus percutante. La fac imaginaire de Justin Simien ressemble toujours à la société américaine avec son communautarisme comme couverture aux tensions raciales. Chaque résidence du campus représente une population, mais en vérité chacun reste dans son coin, avec les siens. On a le sentiment d'observer un village avec ses quartiers monochromes.


Même si le récit est choral, la vedette du show est Samantha qui passe de la militante protestante à la langue bien pendue mais encore relativement sage à la pasionaria de la cause noire, comme en témoigne son changement de look (au début plutôt casual, elle s'affiche ensuite avec une veste de treillis militaire, ce qui montre sa radicalisation). Le personnage, formidablement incarnée par la magnifique Logan Browning, résume à lui seule tout le problème de la situation : sa cause est juste, son discours acéré, ses arguments justes, mais sa méthode condamne tout progrès et l'enferme dans la même provocation que les ennemis qu'elle combat. A force de se replier sur ses "frères" et "soeurs" noirs, elle exclut tous ceux qui n'en font pas partie ou cherche une voie pacificatrice - à l'instar de Gabe (John Patrick Amedori), qui appellera les vigiles pour éviter qu'une dispute ne dégénère violemment sans savoir que cela provoquera justement un incident encore plus retentissant que la soirée "blackface".

Tous les personnages sont impeccablement campés, depuis Troy (Brandon P. Bell - qui reprend le rôle qu'il tenait dans le film), dont le père veut faire un politicien prêt à toutes les compromissions surtout pour éviter d'en faire une cible pour les blancs, à Coco (Antoinette Robertson), dont la situation de "potiche" cache un arrivisme carnassier et un refus de prendre parti (tour à tour considéré comme de la lâcheté et de la sagesse). Lionel (DeRon Horton) apparaît comme la voix de la raison mais aussi notre guide, un personnage-témoin, auquel on peut s'identifier, en même temps que le meilleur exemple d'émancipation de la série (puisqu'il assume son homosexualité, sa liberté d'expression, son courage journalistique). Enfin, Reggie (Marque Richardson - lui aussi de retour dans son rôle du film) incarne à la fois la victime et l'étincelle prêtes à mettre le feu aux poudres : son militantisme tranquille devient expiatoire après le traumatisme qui le frappe lors d'une séquence saisissante (et renvoyant évidemment aux morts de nombreux jeunes afro-américains par des policiers impunis).

Pourtant, gare à ne pas faire de Simien un néo-Spike Lee, prônant un cinéma/une télé pour les noirs par des noirs au motif que seuls les intéressés peuvent témoigner justement du racisme dont ils sont victimes. Le cinéaste est à la fois plus nuancé et plus sévère que son aîné et son tableau n'épargne personne, ni les blancs convaincus d'être eux-mêmes victimes de discrimination parce qu'on accorde un droit d'entrée aux noirs dans les universités qui les refusaient auparavant, ni les noirs qui se revendiquent de Malcom X et se sentent pousser des ailes de révolutionnaires sans bien mesurer que leur attitude est contre-productive ou que leur doyen, afro-américain lui aussi, joue le jeu des dominants surtout pour conserver les privilèges accordés aux minorités visibles.

Parce qu'il n'y a pas de bons ou de méchants faciles à désigner dans cette histoire, que les petits écarts (infidélités amoureuses, préférences données au militantisme plutôt qu'au dialogue, désir inextinguible d'en découdre, ambitions personnelles passant avant tout) ont des répercussions aussi profondes que les luttes civiques, cet examen social et sociétal qu'exprime Dear White People invite tout le monde à réfléchir sur la justesse de sa conduite et à essayer de comprendre pourquoi l'Amérique (comme d'autres nations) s'est laissé séduire par le populisme (de Trump et d'autres) en abandonnant aux extrémistes tout discours sur le multiculturalisme.

Slobo 19/03/2018 23h57

Hier vu les 2 nouveau épisode de la saison 2 de Designated Survivor.

Ce 2 épisode de la mini-série Collateral avec 3 acteurs de Dr Who (Billie Piper en mère dépassé qui commande des pizza avec un supplément récréatif. John Simm qui travail comme député ex de Billie et ex de la Prêtre anglicane aussi. Carey Mulligan, inspectrice en charge du dossier). Très sombre je sais pas si je ferais les 2 derniers épisodes.

ArnaudXIII 21/03/2018 18h04

J'ai enfin attaqué Mozart in the Jungle et après 3 épisodes, je suis conquis.

wildcard 22/03/2018 16h53

Citation:

Envoyé par ArnaudXIII (Message 1746570)
J'ai enfin attaqué Mozart in the Jungle et après 3 épisodes, je suis conquis.

Cette série, c'est que du bonheur. Tu vas te régaler avec les épisodes suivants.
Et la prochaine saison arrive incessamment sous peu (Avril ou Mai, je crois).

Slobo 27/03/2018 18h41

J'ai fini collateral. C'était noir mais avec un bon perso. Franchement j'ignore comment elle a fait tout ses recoupements aussi rapidement. Bon ça se termine pas comme elle l'aurait aimé, mais c'est assez logique.

Hob 04/04/2018 22h41

Collateral, j'ai trouvé ça somme toute anecdotique.. ça voulait parlé de plein de choses , mettre pleins de personnages en scène pour au final resté succinct sur l'ensemble et effectivement, beaucoup de facilité sur l'enquête

J'ai tenté Requiem mais ça me semble être aussi chiant que Collatéral.
Par contre, je me suis éclaté sur la série coréenne Bad Guy, Vile City . ça fait pas dans la dentelle mais ça défoule bien (et les grosses bastos à coup de batte de base ball, ça fait toujours son effet :) )

Slobo 14/04/2018 00h49

J'ai tenté et détesté Lost In the Space nouvelle mouture. Ou on a une famille de 4 blanc et une noir (Pourtant même maman et papa. Pas d'adoption à priori. Maman à peut être fauté mais personne n'en parle ^^ ) ... J'ai préféré le film de 98 c'est dire !

wildcard 14/04/2018 16h21

Je crois que pour Lost in space la fille noire de la famille a été adoptée.

Sinon, j'ai aussi regardé le premier épisode. C'est pas mauvais, mais un peu plat. Visuellement, Netflix a encore mis du blé dans la production qui n'a rien à envier à celle d'un film (le robot par exemple est superbe, l'aspiration des vaisseaux et de la station orbitale dans le trou noir est spectaculaire).
Mais on devine que ça va être assez inoffensif, trop familial. Je ne pense pas poursuivre.

(Pour ceux que la relation SF/Netflix intéresse, à lire l'excellent article dans "Première" de ce mois-ci où est très bien expliqué pourquoi la plateforme investit autant dans ce genre, produisant des créations originales ou en rachetant d'autres. Et surtout suivez l'invitation à découvrir Annihilation d'Alex Garland, vendu par la Paramount qui le jugeait trop intello, et qui est en fait un chef d'oeuvre absolu.)

scarletneedle 17/04/2018 18h19

Mouhaha!
Le dernier Young Sheldon lancé par la réaction de la mère vis-à-vis du tpb de Watchmen est excellent! :D
Les comics, c'est le mal! :headbang:

bukowski 17/04/2018 18h22

Citation:

Envoyé par scarletneedle (Message 1749416)
Mouhaha!
Le dernier Young Sheldon lancé par la réaction de la mère vis-à-vis du tpb de Watchmen est excellent! :D
Les comics, c'est le mal! :headbang:

Mince ! Je vais devoir attendre la diffusion TV pour voir ça !
J'ai hâte ! :bave:

doop 17/04/2018 20h00

Euh dites, la série suédo-germano-danoise BRON/BROEN/THE BRIDGE, c'est quand même une sacrée tuerie !!!!!
La saison 1 est impeccable

Slobo 17/04/2018 20h09

Je me fais doucement White Collar/FBI : Duo très spécial. Ca se laisse regarder sans plus

scarletneedle 17/04/2018 20h11

Handmaid's Tale, j'en suis au #3, punaise, c'est chaud...
Tu te sens sale après avoir maté un épisode.

doop 17/04/2018 20h13

ca m'a gavé hadmaid's tales... trop de flashbacks pourris

Fletcher Arrowsmith 17/04/2018 20h52

Je n''ai pas pu aller au delà du 3 de la première saison. Je n'ai pas arrêté de comparer avec le livre. Sûrement une bonne série mais je préfère largement le roman.

Al Pennyworth 17/04/2018 22h19

Citation:

Envoyé par doop (Message 1749425)
Euh dites, la série suédo-germano-danoise BRON/BROEN/THE BRIDGE, c'est quand même une sacrée tuerie !!!!!
La saison 1 est impeccable

L'ensemble des saisons est de grande qualité. Une série qui fait partie de mon top 5.

georgesdaniel 18/04/2018 03h57

Lost In Space
J'ai été conquis au bout du 4ème épisode.
Un pur joyaux de divertissement et de science fiction. C'est du 1er degré.
Une chronique familiale perdu dans l'espace.
De l'action, de l'aventure, de l'évasion, de l'émotion, du suspens, de l'étrange, de la pure intrigue à répétition, un léger humour de temps en temps, juste ce qu'il faut flash-backs, de la psychologie, une famille qui devient très attachante, un vrai méchant, un robot génial, tous les ingrédients de bases que j'appréciais dans les comics super-héros avant que la violence et l'hémoglobine ne le possède.
Il me reste deux épisodes à voir. Je viens de me prendre un vrai cliffhanger explosif dans la tronche à la fin du 8ème épisode. Un pur régal. Je retrouve une légère atmosphère de Lost.
Ce n'est ni du Star Trek et ni du Star Wars, c'est du Lost In Space.


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