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  #31  
Vieux 26/09/2007, 23h10
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M'amuser, ça va être dur cette année avec les cours, les TDs et le boulot le samedi. Mais c'est vrai, faut que je me lâche plus dans les écrits. Ce n'est pas quelque chose dont j'ai l'habitude de faire, mais je tenterai de me pousser plus dans mes retranchements lors de la prochaine nouvelle. Merci.
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  #32  
Vieux 20/10/2007, 17h47
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Je trouve ton dernier texte très bon, le contraste entre les deux "réalités" est bien rendu, il n'est pas trop lourd et insistant, à mon sens. Bravo, et félicitations pour ta productivité.
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  #33  
Vieux 15/01/2008, 23h01
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Ca faisait bien longtemps que je n'avais plus écrit en dehors des concours, et même pour eux ça fait bien deux semaines que je n'ai rien fait. Ayant fini les examens, je m'y remets lentement. Voici donc un petit texte dont je me rends compte à la relecture qu'il aurait pu cadrer pour le thème du mois, mais je préfère garder mon autre idée pour cela et laisser ce texte ainsi...je le trouve bien comme ça.
J'espère que ça vous plaira et que je n'ai pas trop perdu la main.

London by night.

La flammèche apparaît et embrase ce qui est proche. Rapidement, le feu prend dans la petite tige de nicotine recouverte de papier fin et blanchâtre. Il inhale lourdement, pour que l’étincelle devienne flamme. Il soupire. Ca fait du bien. Ca faisait longtemps. Il aime ça.
Aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours eu cette saloperie dans la main et aux lèvres. Il est fumeur, il est né fumeur. Il mourra peut-être à cause de ça. Il devrait déjà être mort à cause de ça, en fait. Mais il a ses petits trucs pour s’échapper à ce genre de choses. Ça ne durera pas toujours, il le sait. Mais il en profite tant que ça fonctionne. Tant qu’il est toujours assez lui-même pour se trouver une porte de sortie. Sa spécialité.

Ses pas claquent sur l’asphalte. Il connaît ce son. Il l’accompagne depuis toujours. Comme les clopes. Comme cette ville. Sa ville. Il n’a pas grand-chose au monde, il a pratiquement tout perdu, que ça soit au niveau matériel ou au niveau relations, mais ça au moins, il est sûr : c’est à lui. Cette ville est à lui. Londres. Son monde. Son univers.

La nuit est fraîche, comme toujours dans la ville. La Tamise envoie son joli brouillard. Il a appris à l’aimer. Il a appris à s’y cacher, à s’en faire un allié. Ce n’était pas gagné d’avance, mais il a réussi. Il aime tout dans cette cité. L’odeur. Les sons. Le brouillard. L’agitation. Les petites rues étranges. Les pubs. Les endroits selects qui cachent des lieux encore plus secrets et souvent plus glauques. Les petits secrets inavouables. Les petits mensonges qui en donnent de gros.
Il aime tout à Londres. Sauf les gens. Il a du mal avec eux.

Non pas qu’il soit agoraphobe ou une merde du genre…non. Il a juste du mal à les voir sous un bon jour. Ça n’a pas toujours été comme ça, même si il a été durant toute son existence un petit con opportuniste et cynique. C’est juste qu’il a perdu des êtres chers…beaucoup. Trop. Et qu’il a du mal à accepter de se lier encore. Car il sait très bien que ça finira mal. Comme toujours. Et il en a assez de se battre et de souffrir au final.

La fumée s’infiltre dans ses poumons, et il soupire d’aisance. Ouais, ça fait du bien. Il essaye de baisser sa consommation, mais comme toujours, ça ne marche pas. Il est fumeur, et le sera toujours. Ca le déstresse et lui permet d’être plus serein, et parfois plus concentré. Et il en a souvent besoin, dans ce qu’il fait. Même si il ne sait pas vraiment comment le définir. Il n’a jamais cherché à trouver un nom à ce boulot. Peut-être parce qu’il s’en fout.
Il fait ce qu’il doit faire. Rien de plus. Même si ce n’est jamais joli.

Sur sa gauche. Accent gallois. Grosse bedaine. Crâne presque chauve. Les gestes incohérents, appuyé contre la vitre d’un pub. Un mec bourré, en train de délirer et de gueuler que les Sex Pistols ne sont rien que des pédés qu’il faudrait brûler. Il doit avoir plusieurs clones, à Londres, dans le même état. Surtout aux premières heures du matin.

Son pote essaye de le raisonner. Bon courage, mec, pense-t-il en s’arrêtant pour regarder la scène. Bien des fois, il a été dans le rôle du crétin totalement détruit par l’alcool, avec plus de bière dans les veines que de sang. Le bon vieux temps. L’époque où il n’avait pas trop de soucis à se faire. L’époque où il faisait son truc sans penser aux autres. Seulement, c’est fini. On est toujours rattrapé par son passé. On est toujours rattrapé par ses actes. Même lui.

Le Gallois continue et insulte de plus belle les Sex Pistols. Il soupire. Ce mec est con. Les Pistols n’étaient pas les meilleurs musiciens du monde, mais au moins ils faisaient bouger les choses et ces mecs savaient comment s’amuser. Il les avait rencontrés, à l’époque. Des mecs cools. Même si Johnny est un peu con et que Sid est parti trop tôt.
Pas des gens biens, nan. Pas vraiment le genre. Mais des putains de mecs quand même.

Il reprend sa marche. Il n’avait pas envie d’écouter plus…pas envie d’entendre encore que Sid Vicious a bien fait de crever, alors qu’il vaut facilement dix débiles de ce genre. Il n’est pas assez bourré pour exploser la gueule à ce crétin, et il n’a pas l’intention de boire plus pour en avoir l’occasion. Il a un peu passé l’âge pour ce genre de choses. Non pas qu’il se soit calmé…faut pas déconner, quand même. Juste qu’il réfléchit un peu plus avant de foncer tête baissée. Juste un peu.

Il continue encore, même si la voix faiblit à cause de l’alcool et de la distance qui s’agrandit entre eux. Quel gros con de gallois. Ce sont eux qu’il faudra cramer. Avec leurs putains de moutons.

Le bruit de ses pas se fait à nouveau entendre, alors que la cendre de sa cigarette est semée dans les différentes petites ruelles de Londres. Il devient vieux, quand même. Il a bientôt cinquante-quatre ans, bordel. Enfin, officiellement. Avec son truc, il fait moins que son âge. Mais quand même. Il en a fait du chemin depuis sa découverte dans le jardin, pas loin de quatre décennies auparavant. Beaucoup de choses ont changées. Pas en bien.
Mais il chasse tout ça de son esprit. Les souvenirs et les déprimes, ça n’est pas pour lui. Il est né pour vivre une existence folle et incohérente, et il est ok avec ça. Il a accepté ce fait depuis bien longtemps, et ce n’est plus maintenant qu’il va changer. Il est trop vieux. Trop con. Trop têtu. Ça n’en vaudrait pas la peine.

Ses pas le mènent près de l’eau, dans le brouillard, ce vieil ami. Il se sent bien. Ça l’a toujours calmé d’être près de l’eau. Il ne sait pas pourquoi. Il a pourtant eu pas mal de merdes avec ce genre de choses. Mais il est bien, là. Détendu. Calme. En paix avec lui-même. Du moins, autant qu’il peut l’être…et autant qu’on le laisse l’être.

La clope est jetée dans l’eau. Elles durent de moins en moins longtemps. Ou bien lui y fait moins attention qu’auparavant. Jadis, il pouvait les fumer durant un très bon bout de temps, simplement pour pavaner devant les potes. Ou économiser du fric. Il a toujours quelques problèmes d’argent. Mais il n’a plus de potes pour pavaner.
Ainsi va la vie. Une stabilité extrême pour certaines choses. Des putains de virages à quatre-vingt degrés pour d’autres.

Un cri. Dans la nuit. Pas vraiment rare à Londres. Malgré les chiffres et les « gentilles » mesures du « merveilleux » pouvoir en place, il y a encore des saloperies qui se passent par ici. Plus qu’on ne le croit. Plus qu’on ne veut le savoir. Les monstres se cachent encore à Londres. Ils s’y cacheront toujours. Parfois plus près qu’on ne veut bien l’accepter.

Il ne s’étonne donc pas de ce cri. Il en a entendu des centaines dans sa vie, et il est sûr que bien d’autres arriveront à ses oreilles. C’est donc avec tout le flegme britannique qu’il possède qu’il sort son paquet de cigarettes pour en mettre une autre à sa bouche. Il s’en fiche, en fait. Ce n’est pas son problème si quelqu’un a un souci. En plus, il ne sait même pas où c’est. Et il est vieux. Il a autre chose à faire qu’à jouer au héros. Il laisse ça aux autres. Aux dingues.

Seulement, si il n’est pas surpris par ce cri, il l’est plus par l’apparition qui lui succède. Sortant en trombes du brouillard, une jeune femme court. Nue. Les cheveux à moitié brûlés. Le corps recouvert de sang. Et avec un bras en moins. Ça, c’est pas commun. Même pour Londres.

Elle n’arrive même plus à crier. Elle semble à bout de force. Il n’aime pas beaucoup s’occuper des problèmes des autres, même si il a passé les trois quarts de sa vie à faire ça. Il rechigne toujours. Ça l’emmerde à chaque fois. Il dit qu’il ne veut pas se mêler des ennuis des gens qu’il ne connaît pas…et même de ceux qu’il connaît. Mais toujours, il soupire et s’avance vers ceux dans la merde pour les aider…simplement parce qu’il ne peut pas faire autrement.
Certains diraient qu’il a bon fond. D’autres qu’il est un héros malgré tout. Ils ne le connaissent pas. C’est un salaud. Mais il y a pire que lui. Et c’est ça qui fait le plus peur.

Elle a les yeux injectés de sang et de larmes. Elle a morflé. Le sang s’écoule de son bras et d’autres plaies sur son corps, mais il y en a trop pour que ça ne vienne que d’elle. Elle serait déjà morte, avec tout ça en moins. Ça veut dire qu’elle s’est faite arrosée. Et qu’il y a d’autres victimes. La merde.

Elle s’écroule à ses pieds, demandant de l’aide avec des râles et des gestes désespérés, alors qu’il a toujours sa clope à la bouche et le briquet dans la main. Il la regarde. Elle est en train de crever. Elle va crever. Il n’y a sûrement plus beaucoup d’espoir pour elle. Il pourrait la laisser là…de toutes façons, elle va y passer, personne ne peut l’amener assez vite à l’hôpital pour qu’elle s’en sorte. Ouais. Il pourrait la laisser, se casser et être peinard dans sa ville, à profiter de la nuit.
Il soupire. Il s’accroupit et range son briquet. Il ne la laisse pas.

Il la prend dans ses bras. Elle va y passer, il n’y a plus d’espoir. Mais ça ne veut pas dire qu’elle va vivre ça seule. Ca ne veut pas dire qu’il n’y aura personne avec elle lors de ses derniers instants. Son sang éclabousse toute la manche de son imperméable…il s’en fiche. Elle suffoque, elle a du mal à respirer. Normal. Elle n’a plus que deux ou trois minutes à vivre. Un simple regard lui suffit pour voir que son bras n’a pas été enlevé proprement, avec une scie ou un objet tranchant. Il y a des bouts de peau qui pendent, quelques morceaux d’os. C’est crade. Comme si on lui avait directement arraché le bras. Comme si on l’avait mordu…
Mais pas de conclusion hâtive. Faut essayer de la faire parler. Savoir qui lui a fait ça. Pourquoi. Où. Retrouver l’enflure responsable et lui dire ce qu’il pense de ça. A sa manière. Lente et crade, aussi.

Il n’a que quelques minutes pour tenter d’en savoir plus. Elle est en état de choc, elle voudrait que tout se finisse vite même si elle s’accroche désespérément à la vie. Pauvre gosse. Plus personne ne peut la sauver. Il peut juste la faire parler pour retrouver l’enfoiré responsable. Il essaye. Ce n’est pas simple, mais il a une certaine expérience des mourants et il arrive à ses fins. En quelques instants, il réussit à lui extirper ce qu’il lui faut. Il sait qui et où.

Qui, c’est elle et ses potes qui voulaient acheter de la drogue et qui se sont faits embarquer par un type dans un endroit qu’ils n’auraient jamais dû connaître. Cet endroit, c’est le où. C’est le nom qu’elle lui a donné. La Maison. Il n’aime pas ça.

C’est fini, et il se relève. Elle ne pouvait survivre à ses blessures, et apparemment elle n’est pas la seule à avoir subi ça. Pauvre môme. Elle ne méritait pas ça. Ok, c’était une droguée et ce n’est jamais bon, même si il est loin d’être un exemple pour ça, mais quand même…pas comme ça. Pas de cette manière. Pas aussi jeune.

Il ramasse la cigarette au sol et l’allume, d’un geste las et fatigué. Il sait qu’il ne peut plus reculer et qu’il va devoir aller à la Maison. Ca ne lui plaît pas, mais il n’a plus le choix. Elle a saigné sur sa manche, elle est morte dans ses bras, elle lui a demandé de l’aide…et il n’a pas pu la sauver. Bien sûr, il n’est pas un de ces tarés qui veulent sauver le monde, mais quand même…il a un peu de conscience. Parfois. Dans certains moments. Et il est en train d’en vivre un.

A nouveau, ses pas résonnent sur l’asphalte londonien. Il ne zone plus, maintenant. Il ne se ballade plus. Il sait où il va. La Maison. Que ça lui plaise ou non, il est mouillé dans cette affaire, et il doit intervenir. Pour une gamine qui est morte bien trop tôt et bien trop cradement. Il ne la connaît pas et ne sait même pas si c’était une fille bien ou non, mais il s’en fiche. A Londres, un malade arrache les bras des mômes et s’amuse à les torturer après les avoir appâtés. Il n’accepte pas ça. Pas dans sa ville.

En quelques minutes à peine, il est arrivé. L’avantage de connaître la ville comme sa poche. L’avantage d’être trop souvent venu là, surtout.

La Maison. Une vieille bâtisse fin XIXe siècle, à l’époque où les architectes roulaient à l’opium et à d’autres trucs louches. C’était une drôle d’époque. Remplie de mythes, de monstres, de légendes et de drogues. Il aurait bien voulu y vivre. Même si il aurait eu du mal sans le punk et ses clopes.
C’est donc un vieil immeuble d’un étage, avec une grande porte en bois foncé, entourée de deux fenêtres au rez-de-chaussée. Une lanterne est posée à la droite de la porte, et il peut voir qu’il y a aussi trois vitres au premier étage. Aucune lumière ne s’en dégage. Le toit sombre et recouvert de vieilles tuiles ne semble faire qu’un avec la nuit, et la lanterne fait penser à une sorte de phare dans l’obscurité, menant à la porte comme si c’était le seul refuge possible aux ténèbres. C’est le but.

Il soupire, sa cigarette toujours à la bouche. Il n’aime pas la Maison. Il y a passé beaucoup de moments, et ils n’ont jamais été très réjouissants. Il n’aime pas ceux qui la font vivre. Il n’aime pas son origine. Il n’aime pas son fonctionnement. Il n’aime rien de cet endroit. Il toque quand même.

Un petit battant de la porte s’ouvre pour laisser apparaître une paire d’yeux vitreux. Quelques secondes passent, le temps pour l’autre de le regarder. Il ne bouge pas. Il n’a pas à le faire. Ils savent qui il est. Ils ont peur de lui et ils ne veulent pas de lui dans la Maison. Ils lui ouvrent quand même. Ils ne peuvent faire autrement…refuser serait pire qu’accepter.
Il entre. Devant lui, des dizaines d’hommes gros et gras sont en train de s’amuser avec des jeunes filles ou des jeunes garçons à des jeux qui feraient l’admiration du marquis de Sade. Il expulse violemment la fumée de sa bouche. Rien n’a changé. Rien ne peut changer.

Le majordome tente de l’appâter avec ses hôtesses et leurs charmes. Il l’envoie valser sans ménagement. Il n’est pas là pour ça. Rien ne l’intéresse vraiment, par ici. Il ne prend pas la viande avariée…surtout quand elle traîne avec des saloperies comme les maîtres des lieux. Il a de la dignité. Un peu. Quand il n’est pas bourré.

Il slalome entre les politiciens fouettés par des nymphettes en cuir et des folasses qui s’amusent avec d’autres copines. Il sait où il va. La cave. Même si le majordome essaye de lui dire qu’il n’a pas droit d’y accéder, qu’elle est fermée, que l’entrée est interdite, qu’il n’y a rien d’intéressant là-bas. Il se met même devant lui pour lui signifier l’ordre de sortir. Il s’arrête et le regarde, les mains dans les poches et la cigarette à moitié consumée à la bouche. Il ne bouge plus.
De longues secondes s’écoulent, et la témérité du majordome décline de plus en plus. Pas facile de lui faire face et de lui dire qu’il doit dégager. Beaucoup l’ont fait. Beaucoup s’en sont mal sortis. Lui ne va pas faire exception à la règle.

Il fait tomber sa cendre sur le sol et le regarde. Il sourit. Le majordome croit qu’il a gagné et qu’il va partir. Il se trompe. La seconde d’après, l’employé sent la cigarette entrer en contact avec son œil. Un cri inhumain s’échappe de sa gorge alors qu’on le frappe encore dans le ventre. Le majordome s’écroule à terre. Il n’avait qu’à pas le chercher.
Il le dépasse et se dirige vers la cave. A peine la porte ouverte, il entend d’autres employés le menacer et s’approcher de lui. Un seul regard suffit à leur faire comprendre que leur pote a eu de la chance et que ça ne sera pas leur cas si ils font un pas de plus. Ils comprennent, reculent. Lui descend.

La porte claque derrière lui. Les ténèbres l’entourent. Il n’est pas étonné. Ca se passe toujours ainsi, dans la Maison. Un effet de style, diront certains. Lui sait que c’est la volonté des propriétaires des lieux. Ils savent donc qu’il est là. C’est bien. Au moins, il n’aura pas à se présenter et à leur rappeler qui il est. Il peut prendre son temps pour descendre. Les faire saliver. Les faire se demander ce qu’il fait là. Les faire s’inquiéter.
Quand il sera en bas, il pourra presque sentir leur peur. Il aime ça, aussi.

Il est en bas. Comme d’habitude, la descente a parue une éternité. C’est normal. On veut lui faire croire qu’il arrive aux Enfers, qu’il est une âme morte condamnée à souffrir pour les siècles et les siècles. C’est drôle. Ils ne savent même pas ce que sont l’Enfer ou la souffrance. Même lui n’est pas sûr. Il a du mal à se rappeler de certaines choses, parfois.
Il regarde à droite et à gauche…rien. Seule une lumière dénote dans l’obscurité ambiante. Là, c’est un effet de style, vraiment. Les maîtres des lieux veulent terrifier ceux qui ont la folie de vouloir descendre jusqu’ici. Il a eu un peu peur, la première fois. C’est passé.

En quelques minutes, il arrive au niveau des premières portes, renfermant au choix des salons de torture, des jeunes filles compatissantes prêtes à tout pour quelques dollars et leur liberté, et d’autres choses dont il ne veut pas se rappeler. Tout ça ne l’intéresse pas. Il sait où il va. Il y est en quelques pas, juste le temps de sortir son paquet et son briquet. Il hésite. Ce n’est peut-être pas une bonne idée d’en allumer une…du moins tout de suite.
Il range le briquet. Soupire. Se malaxe le nez au niveau des yeux. Et entre.

Comme prévu, il voit une énorme marre de sang avec des corps sans vie au milieu, nus. Il voit aussi le bras de la gamine qui traîne sur une des marches menant au liquide rougeâtre, placé au milieu de la pièce avec une sorte de fontaine. Sur les côtés, il peut voir d’énormes robinets et lavabos, certainement prêts à déverser le sang qui se trouve près de lui. Tout l’endroit est construit en architecture romaine, avec en plus peu de lumière et des jeux avec les ombres pour accentuer l’effet…tout pour le style. Ces types feraient fortune à Hollywood. Mais ce n’est pas vraiment l’argent qu’ils recherchent. Lui non plus.

Evidemment, son regard se pose sur le mur opposé, et il voit ce qui doit s’y trouver. Les maîtres des lieux, assis sur des fauteuils de pierre. Les Hôtes. Trois êtres qui n’ont d’humain que la forme. Ils sourient, bien sûr. Ils sont heureux de le revoir. Ils commencent à parler, l’un après l’autre, de leur voix doucereuse. Ils veulent savoir si il est prêt à reprendre ses vieilles habitudes à la Maison. Si il veut regoûter à certains plaisirs. Si il a certaines personnes à faire disparaître. Si il a besoin de quelque drogue. Ils peuvent tout lui donner en échange d’un engagement de sa part envers eux.
Les crétins. Comme si il ne pouvait pas s’occuper de tout ça lui-même.

Lui aussi parle lentement et calmement, la cigarette toujours à la main. Il leur explique pourquoi il est là, ce qu’il veut et ce qu’il va faire. Au fil de son discours, ils froncent leurs sourcils et semblent moins à l’aise. Il sourit intérieurement. Il aime ça.
Finalement, il s’arrête de parler et les laisse réagir. Il leur a calmement annoncé qu’il allait faire ce qu’il fallait faire pour que tout ça s’arrête, et ils commencent à rire, à se moquer de lui. Ils lui disent qu’il n’est qu’un humain, qu’il ne peut rien contre eux et qu’ils vont le détruire comme ils ont détruit tous les autres. Ils lui annoncent aussi fièrement que si il avait été là deux minutes plus tôt, il aurait pu sauver le dernier gosse. Ce n’était pas la bonne chose à dire.

Il les fait parler, avant tout. Il veut savoir ce que leur ont fait ces gosses, pourquoi une telle boucherie, tout en évitant de poser trop son regard sur l’horreur qui s’entasse dans la marre rougeâtre. Ils lui disent simplement que les gamins voulaient de la drogue, qu’ils ont été amenés à la Maison mais qu’ils n’avaient pas de quoi payer et qu’ils ont refusé de s’engager. Ils sont partis et ont volé un objet pour s’en payer autre part…un porte plumes. Et les Hôtes ne l’ont pas supporté. Ils se sont vengés.
C’est aussi bête que ça. Six gamins drogués sont morts simplement parce qu’ils se sont frottés à ce qui ne doit pas exister, et parce qu’ils ont volés un porte plumes. Ancien, sacré pour les Hôtes, mais juste un porte plumes. La vie de six gosses pour un putain de porte plumes.

Il n’est pas foncièrement quelqu’un de bien…il n’est même pas du tout quelqu’un de bien. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il a du mal avec l’injustice et les saloperies de leur genre. Beaucoup de mal. Calmement, il remonte ses manches. Tout sourire a disparu de son visage. Il range la cigarette dans son paquet. La nuit va être longue. Il aura besoin d’elle, plus tard…quand tout sera fini.


Trois heures plus tard. Londres. Sa ville. Ses pas claquent toujours sur l’asphalte, et le sang a séché sur sa manche alors que les premiers rayons du jour apparaissent. Il fume. Encore. Il est fatigué, mais au moins s’endormira-t-il mieux ce soir. Ce qu’il a fait n’est pas beau, mais il devait le faire, tout simplement. Les monstres n’ont pas droit d’exister dans la cité. Pas sans son accord.

Alors que la fumée s’échappe toujours de sa bouche et de sa cigarette, il soupire et se demande de quoi la nuit suivante sera faite. Mais alors qu’il tourne à nouveau dans une des multiples rues de la ville, il sent une grosse masse s’effondrer sur lui, violemment et subitement. Il tombe, et l’énormité est sur sa poitrine. C’est un homme. Gros, laid, puant. Surtout puant.
En jurant, il parvient à se dégager, et aide même le type à faire de même. Il est bourré, il ne va pas bien. Il pourrait le laisser là, mais bon…il a déjà été dans cette situation. Et il était bien content quand les connards l’ont été un peu moins pour lui donner un coup de main.

Le type se relève, et il le reconnaît…le Gallois qui n’aimait pas les Sex Pistols. Et en plus, il lui vomit dessus, éclaboussant son visage tout en ruinant son imperméable et sa chemise. Ses jointures craquent sous la pression des poings serrés. Ses dents grincent sous sa nervosité et son envie de meurtre. Il a la rage. Il veut lui exploser la tête et ne rien laisser de son visage. Il veut le rouer de coups et le frapper, encore et encore, jusqu’à en faire de la bouillie humaine.
Il le regarde. Et ne le frappe pas.

Il parle une minute avec le type et lui donne quelque chose, en souriant légèrement. Il lui recommande de bien faire attention et lui murmure quelques mots à l’oreille. Il pose sa main sur son épaule en signe d’amitié. Et il s’en va, calmement, sa cigarette toujours au visage et les habits maculés de sang et de vomi.

Quelques minutes plus tard, le Gallois rencontre son ami, celui qui l’avait aidé, plus tôt. Il l’aide à marcher, avant de sortir le cadeau de sa poche. Il lui dit qu’il a rencontré un type sympa’, qui l’a aidé et qui lui a donné un cadeau. Il doit le garder toujours, ça lui portera chance, c’est une sorte de talisman. Ça l’empêchera de tomber sur des mauvaises surprises.
Le Gallois sourit, alors qu’on l’aide à marcher. Il murmure difficilement qu’il a eu de la chance de tomber sur un mec bien, qu’il n’y en a plus beaucoup à Londres, que c’était vraiment un chic type. Quelques mètres derrière lui, des ombres se mettent étrangement à bouger et à s’agiter. Son ami lui demande le nom de son bienfaiteur. Le Gallois met quelques instants avant de se rappeler, et il n’y arrive que quand il regarde son cadeau : un porte plumes. Un beau porte plumes ancien. Le type qui lui a donné ça s’appelle John. Et c’est vraiment un mec bien.
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Vieux 15/01/2008, 23h22
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C'est clair que Constantine était fait pour ce genre de thème
Je m'attendais personnelement à une fin un peu plus "ebourifante"
Mais les descriptions ne sont pas trop chargé, ce qui donne un effet de grande fluidité au texte.
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C'est en voyant un moustique se poser sur ses testicules qu'on réalise qu'on ne peut pas régler tout les problèmes par la violence.

Mes planches originales de comics à vendre.http://xanadu-art.eklablog.com/accueil-c17038922
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Vieux 16/01/2008, 01h08
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Toujours un très bon style, toujours de bonnes idées, mais... Si je puis me permùettre, trop de courtes phrases. Sans aller jusqu'à Proust qui faisait une seule phrase sur 15 pages, il y a moyen de "fluidifier" le texte, même sie le style haché est fait pour donner une impression, et de rapidité, et d'inéluctabilité.
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Vieux 16/01/2008, 09h01
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Posté par Thorn
même sie le style haché est fait pour donner une impression, et de rapidité, et d'inéluctabilité.
C'est ce que je crois aussi, et si oui, l'effet est correctement rendu. Ca colle bien avec le thème abordé par Ben sur ce coup là. Bien construite et urgente, cette nouvelle est une réussite à mon goût.

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  #37  
Vieux 16/01/2008, 12h09
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Ben Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que Revanche
Déjà, merci à tous de m'avoir lu, ça fait plaisir. Je pensais vraiment avoir perdu durant le laps écoulé, et apparemment, j'ai encore un peu la main. Ca fait évidemment plaisir.

Ensuite, le style découpé et hâché est là parce que je voulais donner une impression d'inéluctabilité, comme tu l'as dis Thorn, et aussi parce que je vois le personnage parler ainsi. Je crains d'en avoir peut-être abusé, en fait : j'en ai peut-être fait beaucoup, mais je me suis fait entraîné par mon plaisir car j'aime beaucoup faire ce genre de choses. J'essayerais de me restreindre à l'avenir.
Pour la fin plus ébouriffante, j'ai été tenté, mais j'ai voulu, en quelques sortes, montrer ici un John fatigué, las et un peu loin de ses gros exploits d'antan. C'est toujours une ordure, mais il y va un peu moins qu'avant...même si il va quand même. En plus, je trouve qu'une fin ainsi colle à l'esprit du personnage, et l'absence de gros événement peut être une surprise pour le lecteur. Surtout que ça peut à la fin de la nuit, à la fatigue qui s'est accumulée et à la mélancolie que j'espère avoir un peu mise dans le récit.
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  #38  
Vieux 16/01/2008, 13h29
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Je trouve que les phrases courtes participent efficacement de ce personnage à bout de souffle, littéralement, épuisé par le tabac et le reste. Et perso, j'aime bien la fin justement pas tonitruante, avec ce changement de point de vue.

Bon, sinon, comme pour un autre texte (le défi de dec je crois) j'aurais dégraissé un peu, viré qq phrases. Bon, cela n'est que mon avis. Mais, c'est assez récurrent je trouve dans tes textes Ben: il y a toujours pas mal de redites. Maintenant cela semble être ton style. Mais en es-tu conscient en fait? (je te pose la question parce qu'on a souvent des tics de création qui nous échappent)
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  #39  
Vieux 16/01/2008, 13h45
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Ben Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que Revanche
Oui, je sais que je me répète souvent, et j'essaye d'aller contre ça, mais malheureusement, c'est disons un réflexe : je trouve ça "bien", c'est naturel pour moi de redire les choses pour les appuyer, pour bien les faire comprendre. Je pense que ça fonctionne souvent, mais quand c'est trop, ça nuit beaucoup, et j'essaye ainsi de retirer le plus possible.
Par exemple, là, j'avais déjà enlevé plusieurs redites. Il faudra que j'intensifie mes relectures sur ça, je pense. Merci du conseil et de l'avis.
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  #40  
Vieux 16/01/2008, 14h26
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Thoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter BuildingThoor lave ses slips au Baxter Building
Tres bon texte, mon cher Ben. Bonne ambiance, bonne idée, bonne chute.

Que du bonheur.

J'ai bien ressenti la lassitude du héros, bref tout fonctionne.

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  #41  
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Ben moi justement, je trouve ça trés bien la fin. Ca laisse de la place à l'imagination et ça évite de rentrer dans du détail et de l'action qui ne conviendraient pas au style "1 ere personne" de BEN

J'ai vraiment bien aimé...
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  #42  
Vieux 18/01/2008, 14h07
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persepolis est une petite crotte de super héros pourri
Bravo Ben,

ma critique :

- tout d'abord ton français est impeccable .
C'est agréable de te lire .

-tes descriptions restituent très bien une atmosphère ou un personnage.
J'ai aimé comme passage celui:
.des sex pistols : tu en as dit juste ce qu'il fallait.
.toute la scène de la rencontre avec la fille.''Elle a morflé.''
.très bonne idée : les politiciens fouettés dans le bordel !
.la cigarette rentre en contact avec son oeil : tu aurais aussi pu décrire l'oeil du gars ou qu'il se mette les mains sur son oeil.

- quelques phrases pourraient être supprimées ou résumées car c'est trop long ,surtout sur ordinateur (par manque d'habitude et aussi l'écran fatigue les yeux).

-j'ai été déçu par la fin , j'aurais bien voulu que tu décrives une bonne bagarre.

-dommage qu'il n'y ait pas eu un emploi pour le porte plumes.
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  #43  
Vieux 18/01/2008, 15h47
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Ben Wawe Ben Wawe est déconnecté
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Ben Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que Revanche
Et bien, merci à tous de m'avoir lu et commenté, ça fait plus que plaisir ! Je suis content que ce petit texte ait globalement plu : j'apprécie beaucoup le personnage, et ça faisait longtemps que je voulais me risquer à écrire quelque chose dessus. Apparemment, ça ne s'est pas trop mal passé, donc je suis rassuré et heureux.
Merci, donc, à tous, à la fois pour votre soutien et pour vos conseils. Je vais essayer de les mettre en pratique.
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  #44  
Vieux 26/01/2008, 00h12
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Ben Wawe Ben Wawe est déconnecté
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Ben Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que RevancheBen Wawe est presque aussi beau que Revanche
Salut à tous. J'ai écris ce texte il y a presque une semaine et je n'arrête pas de le reprendre, depuis. J'ai tenté d'y glisser toutes les idées un peu dingues que j'imagine régulièrement, le tout dans une ambiance SF de monde futuriste déshumanisé (dans ce sens, ça pourrait rejoindre Paradis perdu que j'avais aimé écrire même si j'aurais peut-être pu en faire plus dessus), et je crois que le résultat n'est pas trop mauvais. J'ai vraiment essayé d'être clair et de donner un rythme à tout ça, mais je me suis surtout focalisé sur l'univers et ses caractéristiques, ici. Bonne lecture.

Le pari.

« Tu as ce qu’il faut ?
- Je crois.
- Il faut que tu en sois sûr. Tu n’as droit qu’à un essai. C’est comme la roulrus : ou c’est bon, ou c’est fini. Et ne continue pas, même si tu perds : ça n’en vaut pas la peine.
- Je sais, je sais. Pas besoin de me mettre la pression non plus.
- Désolé, mon chéri. C’est que…c’est tellement important…
- Je sais. »

Il colla sa vitre contre la sienne pour mimer un baiser sur son le haut du casque de sa combinaison et sourit légèrement, même si il avait du mal depuis que ses lèvres étaient tombées après une erreur dans son système de ventilation. Au lieu d’un air juste frais comme il l’avait commandé, la machine avait programmé une température glaciaire, comme on en trouvait en Afrique ou en Amérique du Sud. Il avait fallu attendre plusieurs longues heures avant que la maintenance du Consulat ne vienne arranger tout cela, et il n’avait donc plus de lèvres. Mais ce n’était pas le pire, au fond : il aurait pu perdre son nez ou ses oreilles. Là, ça aurait été plus problématique, même si il avait déjà entendu que les combinaisons pouvaient s’adapter pour pallier ce manque. Néanmoins, il n’était pas encore prêt à découvrir si c’était vrai ou non.

« A tout à l’heure, j’espère.
- Patlièvre, Jack.
- Trèflquatfeul, chérie. »

Il soupira et passa dans la zone d’attente entre l’extérieur et leur conapt de douze mètres carrés. Ils avaient de la chance d’avoir obtenu tout cet espace à la roulrus nationale, jadis : tout le monde savait que c’était plus que dangereux vu qu’on pouvait soit tout gagner, soit tout perdre, mais ils n’avaient alors rien à sacrifier. Quoiqu’il s’était passé, ils venaient de se marier et ne possédaient en tout et pour tout que leurs combinaisons et deux Unités : rien d’important n’aurait donc pu leur arriver. Ce jour-là, la Chance et les deux autres divinités avait été avec eux, et ils avaient ainsi hérités de cet immense conapt. Et aujourd’hui, il partait pour tenter de le garder.

Ca faisait des années qu’ils l’avaient, réussissant toujours à y rester grâce à leur pourcentage de chance annuel. La règle était simple et universelle : les gains restent la propriété des vainqueurs, du moment que ceux-ci ont au moins 56.5% de chance chaque année. C’était calculé en fonction de la chance d’avoir un métro au moment où on arrive sur le quai, en fonction d’un avancement fortuit, en fonction de tout ce qui pouvait arriver dans l’année et qui n’était pas prévu ou contrôlable par l’homme.
Le pourcentage avait été calculé par les plus grands scientifiques du Consulat, qui étaient arrivés à la conclusion qu’un Terrien normal avait 54.5% de chance dans l’année, et donc 45.5% de malchance en contrepartie. Et donc, pour que les gagnants restent propriétaires, il fallait évidemment qu’ils soient plus chanceux que les autres. Jusque là, Jack et Janice avaient réussi, mais cette année-là, ça ne semblait plus être le cas.

La porte derrière lui se scella, le coupant totalement de sa compagne, alors que celle devant lui s’ouvrait lourdement. Elle était un peu rouillée, mais la maintenance ne jugeait pas des réparations utiles, et ils devaient donc vivre en espérant qu’elle ne resterait jamais coincé. Qu’elle soit ouverte ou fermée, si elle ne bougeait plus, elle les condamnait à une mort certaine : soit par l’impossibilité de chercher à aller travailler, ce qui se soldait par une exécution par l’arrêt total des combinaisons au bout d’une journée chômée, soit par une exposition trop longue et brutale aux rayons du soleil, qui n’étaient plus arrêtés par l’atmosphère terrestre. Jadis, leurs ancêtres s’étaient moqués de l’effet de serre. Aujourd’hui, ils étaient maudits par leurs descendants pour leur stupidité.

Jack soupira et s’avança vers la plateforme qui prenait naissance à l’entrée de son conapt, et se mit rapidement à marcher vers le quai du métro. Il n’était que six heures du matin, mais déjà la température extérieure frisait les cinquante degrés : la journée serait difficile. Il lui fallait faire vite : il commençait à travailler à huit heures et demi, et il se devait d’aller faire sa course avant d’aller au boulot. Sa survie en dépendait.

Evidemment, quand il arriva sur le quai, aucun métro en vue : ça aurait été trop facile. Encore une fois, il sentit une boule au fond de son ventre, en même temps qu’il jetait un œil sur la petite sphère mécanique qui l’avait rejoint sur le chemin. Sa surface argentée était entièrement plane, à la seule exception d’une petite lentille qui n’arrêtait pas de le fixer : elle le filmait. C’était un des mouchards du Consulat, les machines qui enregistraient les faits et gestes de Jack pour permettre aux scientifiques gouvernementaux de calculer son pourcentage de chance. Là, il venait encore de perdre des points.
Cette chose le suivait n’importe où et n’importe quand, et chaque Terrien en avait une au-dessus de lui. Heureusement, le Syndicat avait réussi à l’interdire dans les conapts, et c’était une véritable bénédiction de ne pas être surveillé chez soi. Bien sûr, les caméras gouvernementales de la Protection et de la Vigilance du Consulat, la fameuse PVC, observaient tout, mais au moins elles ne vérifiaient pas le niveau de chance. Ce n’était rien d’être épié vingt-quatre heures sur vingt-quatre si on n’enregistrait pas des preuves contre vous. La vie privée n’était rien face à la vie tout court.

Le métro arriva quelques minutes plus tard, alors que Jack sentait sa combinaison subir les premiers effets de la chaleur. La température interne était toujours réglée sur « douce brise printanière », et ça commençait à ne plus être suffisant pour lutter contre les rayons du soleil qui le chauffait. Néanmoins, il n’osait pas changer la programmation. Le souvenir de ses lèvres tombant vulgairement contre la vitre de sa combinaison le fit frissonner. Il ne voulait pas revivre un autre événement du genre.
Sans un mot et subissant de plus en plus la chaleur, Jack s’engouffra donc dans l’astronef à six places qui passaient tous les quart d’heure pour transporter la population du six cent soixante-sixième étage de la Tour qu’il habitait jusqu’à l’embranchement le plus proche, où ils pourraient prendre d’autres métros. En regardant le ciel, il vit les quatre cents étages supérieurs de la Tour, plaignant ceux qui vivaient là-haut. Plus on s’approchait du soleil, plus il faisait chaud et donc plus le risque de mourir augmentait. Avec Janice, étant jeunes, ils avaient vécus à un étage huit cent cinquante ou quelque chose du genre. Même à l’époque, ça avait été dur. Il n’imaginait pas retenter ça maintenant, et sa détermination de sauver sa situation n’en fut que renforcée.

Une heure et demi plus tard, Jack sortit de son troisième métro pour déboucher sur le quai sale et mal entretenu qui était sa destination. Il était dans une des Tours les plus dangereuses de la ville, et au sept centième étage en plus. Sa combinaison n’était toujours pas adaptée à la chaleur, mais il n’avait pas le choix : risquer de changer était trop dangereux, et il le savait. Il se devait de souffrir, c’était apparemment écrit pour cette journée. Peut-être cela allait-il lui porter chance : il fallait bien que ça s’équilibre quelque part, et le moment était tout indiqué pour ça.

Il marcha rapidement devant les portes de conapts pour finalement arriver à sa destination, tandis que la température augmentait encore. C’était une vieille porte en fer qui était brûlée par endroits et qui était directement sujette aux premiers rayons du soleil, le matin. Il savait que le lieu avait été choisi exprès pour que la PCV ne vienne pas se risquer à une perquisition le matin, au moment où le soleil était le plus puissant : ainsi, les propriétaires des lieux avaient le temps de tout remettre en ordre en cas d’arrivée surprise des agents du Consulat. C’était une mécanique bien huilée, et Jack espérait qu’elle fonctionne encore ce matin-là. En soupirant, il posa sa main contre le battant de la porte et attendit que sa combinaison transfère les informations à l’ordinateur du conapt. Après quelques secondes, la porte s’ouvrit sur la zone d’attente.

Evidemment, il y entra et remarqua combien elle était sale et mal entretenue : graffitis un peu partout, déjections humaines ou animales dans les coins, interfaces brûlées par les rayons du soleil…le fait que tout fonctionne encore tenait du miracle. Ça ne le rassura évidemment pas, mais il repensa à ce qu’il risquait si il ne réussissait pas aujourd’hui, et il serra les poings pour forcer sa détermination. Il devait entrer et gagner, il n’avait pas le choix.
La porte derrière lui se ferma et la seconde s’ouvrit quelques instants plus tard. Il s’engouffra dans le conapt de cinq mètres carrés et rempli d’une douzaine de personnes. Ils étaient évidemment tous serrés, mais vu que la gravité était coupée, il y avait encore de la place pour au moins six autres joueurs. Il n’y avait donc pas foule, et ça l’arrangeait.

Jack s’approcha de la table qui était au centre de la pièce et clouée au sol par d’énormes barreaux. Un Maître du Jeu était derrière lui, collé évidemment à sa chaise elle aussi fixée sur la moquette. Les Maîtres du Jeu étaient des personnes vendues par leurs parents aux casinos et autres agences gouvernementales à leur naissance, et ils étaient fusionnés avec leurs chaises et leurs tables quelques semaines après leur vieillissement artificiel. Ils n’étaient plus vraiment humains, et n’avaient comme seul objectif que la continuation perpétuelle du jeu. A voir les cicatrices sur le visage et les membres de celui-ci, et le fait qu’il porte un uniforme du Consulat, Jack comprit qu’il avait été volé par les propriétaires des lieux. Ca ne lui plaisait pas vraiment, mais il ne pouvait pas se permettre de faire quelque chose, et il chassa donc toute sympathie et pitié de son cerveau en se concentrant sur son objectif. Il ferait bien une électro-thérapie plus tard, pour se pardonner lui-même.

Il lévita au-dessus de la table et tâcha de s’installer le plus confortablement possible avec les barres placées au plafond pour se stabiliser. Sa combinaison n’aimait pas vraiment quand il faisait trop de mouvements, mais il ne pouvait pas faire autrement. Un jour, il lui faudrait en changer, mais ce n’était pas aussi simple que ça, et les nouvelles combinaisons ne couraient pas les rues. Déjà qu’il était difficile d’équiper tous les nouveaux nés, pas sûr qu’on accepte de changer celle d’un quadra à un niveau si peu important.

Les combinaisons étaient apparues deux siècles plus tôt, quand il avait été clair que les rayons du soleil étaient devenus trop violents et trop incontrôlables. Beaucoup de solutions possibles avaient été proposées pour protéger la Terre des conséquences de l’effet de serre, mais aucune n’avait fonctionné, et on en était donc venu à la conclusion qu’il fallait se résigner à une protection individuelle, permanente et quelque peu horrible. Désormais, toute la population terrienne était équipée dès la naissance de sa combinaison, qui avait une relation symbiotique avec l’être humain : elle grandissait en même temps que lui, lui fournissait l’air qu’il nécessitait, recevait la nourriture qui lui était transmise pour l’injecter dans le corps de son hôte, etc.
La combinaison était pratiquement devenue le véritable corps de l’Homme, mais elle n’était pas sans désavantages : à cause d’elle, la reproduction était faite artificiellement et l’amour physique était prohibé, mais le pire était surtout qu’elle contrôlait totalement la survie de son propriétaire. En effet, en cas de panne, il ne pourrait survivre longtemps étant donné qu’il dépendait totalement d’elle, mais surtout, c’était elle qui le tuait le moment venu. Dès la venue au monde, la durée de vie du bébé était calculée selon ses attributs génétiques et le mode de vie dans lequel il allait évoluer (ce qui provenait encore une fois de la chance : si un bébé naissait à une heure X, il pourrait avoir une meilleure vie que le bébé né deux minutes plus tôt ; c’était évidemment inégal, mais le système était ainsi fait). Et quand le moment était arrivé, la combinaison cessait de fonctionner, ce qui rendait bien sûr toute vie impossible : la mort était désormais programmée à l’avance et tout le monde connaissait sa « date limite ». Beaucoup s’étaient élevés pour protester contre cette technique, mais elle était finalement rentrée dans les mœurs et plus personne n’y trouvait vraiment à redire.

« Euh…je voudrais jouer. »

Le Maître du Jeu leva ses yeux vides vers lui et parla d’une voix évidemment neutre et sans vie. Son teint blafard le fit frissonner.

« Evibzztdemment, monbzztsieur. Quelle bzzt mise ?
- Euh…six mois.
- Imbzztpossible.
- Quoi ? »

Jack blêmit. Les autres joueurs se mirent à ricaner, même si ils semblaient plus concernés par leurs propres pertes et gains sur leur écran, qu’ils ne quittaient pas des yeux, que par son destin. Néanmoins, il était courant que chacun ait toujours l’oreille qui traîne, pour voir si un autre gagnait une grosse somme ou si un événement se passait. Ça en avait sauvé beaucoup de la PCV.

« Monbzztsieur, la bzzt mise minibzztmale est bzzt d’un bzzt an.
- Il n’est pas possible de parier pour une mise inférieure ?
- Non bzzt.
- Bon…d’accord. Je mise un an.
- Merbzztci, monbzztsieur. Quelle bzzt périobzztde ? »

Devant Jack, un écran tactile apparut sur ordre mental du Maître du Jeu, qui était apparemment endommagé. Il espérait que ce n’était que dans ses fonctions mentales, mais il avait un peu peur que le jeu soit déjà biaisé à cause de ces problèmes. Il aurait bien demandé aux autres, mais il savait qu’il n’aurait pas de réponses et que ça fragiliserait sa position…peut-être même que certains l’agresseraient dehors, en bravant la surveillance de son appareil de chance, resté à l’extérieur car il n’avait jamais le droit d’entrer dans un conapt. Non, il devait se débrouiller seul et prier la Chance, Patlièvre et Trèflquatfeul de l’aider.

Après quelques secondes d’hésitation, il choisit la première proposition : XXIe siècle. L’écran se modifia en fonction de la période visée et fit apparaître une question avec deux choix possibles : « L’effondrement de l’économie européenne s’est produit en 2057. Pourquoi ? » et les réponses proposées : « A cause de la guerre américano-orientale de 2052 » ou « A cause du refus de la Russie de rejoindre les Etats-Unis d’Europe en 2055 ».
Jack soupira lourdement. La Chance n’était définitivement pas de son côté. Il avait une minute pour choisir la bonne réponse, sinon il perdrait une année entière de sa vie, qui était pour le moment calculée à quatre-vingt douze ans, huit mois et cinquante jours ; on avait abandonné le calcul des heures bien avant sa naissance. Les propriétaires des lieux la retirerait de sa combinaison, qui mettrait fin à son existence au moment choisi, et ils pourraient revendre cette année au plus offrant, à ces gens extrêmement riches qui voulaient repousser la date de leur décès. Si il gagnait, au contraire, il aurait alors une Carte de Chance, et c’était là son but ultime.

La Carte de Chance était un de ses objets mythiques qui changeait une vie. Même si son degré de rareté n’était pas aussi grand que la majorité des gens le croyait, le nombre de Cartes en circulation restait quand même assez faible pour susciter les convoitises, et pour cause : en avoir une donnait automatiquement le droit à 20% de chance en plus. Avec ce qu’il avait calculé, Jack en était en ce moment à 40.7% de chance annuelle, et Jacine à 50.2%. Il lui suffirait de répartir la Carte de Chance entre elle et lui, et ils seraient sauvés. Même si en avoir une à ce jeu était illégal, le Consulat ne vérifiait pas vraiment les méthodes d’acquisition des Cartes de Chance, et ils pouvaient ainsi s’en tirer…si il gagnait aujourd’hui. Ce qui était incontrôlable, malheureusement.

Ce type d’endroit était appelé la Salle de Pari, et ce n’était pas pour rien : personne ne connaissait jamais les réponses aux questions posées. Celles-ci s’arrêtaient au XXIIe siècle, à savoir six siècles plus tôt ! Aucun Terrien ne pouvait connaître des éléments aussi insignifiants que la chute des Etats-Unis d’Europe et de leur économie, c’était impossible. Le seul choix était alors de parier sur une des deux propositions, et généralement, le parieur perdait, et continuait à essayer car si il en était réduit à tenter ça, c’était qu’il n’avait pas d’autre choix. C’était un cercle vicieux, et beaucoup disaient que le Consulat encourageait ça pour que les six consuls principaux puissent continuer à survivre très longtemps. C’étaient eux les plus grands acheteurs d’années pariées, mais personne n’osait vraiment le dire, même si c’était globalement connu de tous. La PCV veillait au grain.

« Euh…je parie sur « A cause de la guerre américano-orientale de 2052 ».
- Choix bzzt valibzztdé. »

Le Maître du Jeu lui fit un sourire sans âme alors que son écran devenait noir, après qu’il ait finalisé sa réponse en cliquant dessus. Il posa ses yeux sans vie sur le visage de Jack, qui suait à grosses gouttes dans sa combinaison à cause de la tension. Le système d’absorption de l’humidité avait depuis longtemps lâché, et généralement il ne le regrettait pas, mais là, il aurait bien voulu qu’il soit toujours opérant. Ca lui aurait au moins permis de se sentir moins faible et insignifiant face au Hasard.
Quelques secondes plus tard, l’écran se ralluma et montra la bonne réponse, alors que le Maître du Jeu reprenait la parole pour annoncer la nouvelle de sa voix déshumanisée.

« Maubzztvaise bzzt rébzztponse. Noubzztvelle bzzt mise ? »

Jack sentait la pression monter. Il savait qu’il ne pourrait plus jamais gagner ses années perdues, et que déjà Janice avait deux ans à vivre de plus que lui. Il savait aussi que sans lui, elle vivrait dans une misère plus grande et qu’elle passerait ses vieux jours dans un conapt au huit centième étage…voir pire. Mais il était certain que si il laissait la situation ainsi, ils passeraient directement à ce genre de conapt, et sans vivre dans un confort plus grand les cinquante années à venir. Il n’avait pas vraiment le choix : même si Janice lui avait interdit de le faire, il devait se sacrifier. Au moins pour elle.

« Oui. Un an, à nouveau. Période XIXe siècle.
- Merbzztci. »

L’écran apparut à nouveau, et la nouvelle question ne tarda pas à s’afficher avec ses deux choix : « De quelle nationalité était Porfirio Díaz ? » avec deux réponses possibles : « Mexicaine » ou « Ukrainienne ». Jack sentit à nouveau le sol se dérober sous ses pieds, même si il était accroché au plafond. Il ne savait rien de ce type, et ne connaissait même pas les nationalités proposées. Ça faisait bien longtemps que la délimitation par pays avait disparue sur la Terre et que le Consulat avait pris le pas sur le système précédent, tout en gérant les relations sociales sur la chance. On était arrivés à la conclusion, à l’époque, que les castes étaient néfastes si elles étaient basées sur des faits contrôlables par l’homme, et il avait donc été décidé de changer cela pour parvenir à une classification sur la chance, les probabilités que personne ne pouvait gérer. Pour tout le monde, maintenant et depuis longtemps, il y avait le Consulat et son système de chance qui régissaient tout, et rien d’autre. C’était donc à nouveau une question impossible.

Les secondes s’écoulaient, et il savait qu’il risquait toute son existence sur son choix. Janice comptait sur lui, et il ne pouvait la décevoir. Le souci, c’était qu’il n’avait aucune idée de la bonne réponse ! D’ailleurs, personne ne connaissait jamais la bonne réponse. Tous ceux qui venaient tenter leur chance perdaient car les questions étaient calibrées pour faire perdre et paraître illogique. A croire qu’on manipulait l’Histoire pour qu’elle semble incontrôlable et peuplée d’éléments qui n’auraient jamais eu lieu si certains s’étaient assis pour bêtement discuter au lieu de se taper directement dessus.
En désespoir de cause, Jack cliqua sur une réponse au hasard, et l’écran s’éteignit directement après.

« Choix bzzt valibzztdé. »

Le Maître du Jeu refit son petit manège avant que l’image ne revienne. Jack posa un regard las dessus, et fut à nouveau déçu. Il n’entendit même pas la parodie humaine devant lui annoncer qu’il avait encore une fois perdu. Il savait bien que venir ici, tenter de parier sur des choses inconnues était une folie, mais est-ce qu’il avait vraiment le choix ? Janice comptait sur lui, et il ne pouvait pas la décevoir. Leur vie entière dépendait de sa réussite ici, mais il était certain de perdre plus qu’il ne gagnerait, et ce en partant du principe qu’il finirait par avoir sa damnée Carte de Chance. Il mourrait bien avant sa femme, et celle-ci vivrait péniblement les dernières années de sa vie. Mais, en même temps, si il ne faisait rien, elle passerait encore plus de temps dans les hauteurs, près du soleil, à souffrir et à se demander quand sa combinaison lâcherait pour qu’elle soit enfin libre. Dans ses deux possibilités, Janice souffrirait et ça serait de sa faute. Autant choisir celle où son malheur serait le moins long.

« Je parie à nouveau. Même mise, même période.
- Merbzztci. »

Jack soupira et se remis à parier, encore et encore. Il ne compta pas le nombre de fois qu’il paria, mais il était sûr que Janice lui en voudrait à jamais si elle apprenait un jour toutes les années qu’il avait perdues. Bien sûr, elle serait touchée qu’elle ait fait ça pour elle, mais elle n’accepterait jamais son sacrifice…et c’était bien pour ça qu’il ne lui en parlerait pas. Mieux valait l’incompréhension de sa mort rapide que sa tristesse quotidienne en sachant leur destin.
Finalement, après plus d’une demi heure de paris intenses, il décida d’arrêter : il venait de perdre une dizaine d’années de vie, les divinités mises en place par le Consulat n’avaient apparemment pas envie de l’aider…à quoi bon, alors ? Dépité, il se laissa glisser des anneaux sous le regard amusé des autres joueurs. Il savait qu’ils riaient de lui, mais eux non plus ne gagnaient pas et perdaient leur existence à ces jeux impossibles. Ils étaient autant pathétiques que lui, même si il s’interdit de répliquer.

Il lévita jusqu’à la porte et entra dans la zone d’attente, le moral détruit : il n’avait pas réussi à gagner sa Carte de Chance, et en plus il avait perdu plusieurs années de vie. Janice et lui allaient retomber à un niveau social extrêmement bas, et en plus il ne pourrait pas s’occuper d’elle autant de temps qu’il l’aurait voulu. La journée commençait vraiment mal.

La lourde porte coulissa devant Jack, et il retrouva le quai qu’il avait laissé, ainsi que le mouchard du Concordat. D’un air las, il se mit à marcher vers le métro, sachant bien que sa vie était brisée et que plus rien ne pourrait le sauver. Janice allait peut-être le quitter pour se trouver un meilleur compagnon, et elle n’aurait pas eu tort : il n’était qu’un raté, et peut-être aurait-elle plus de réussite en retentant sa chance au roulmar, le système qui permettait de se trouver un conjoint selon son pourcentage de chance. Elle était encore jeune et son niveau n’était pas trop mauvais : elle pourrait s’en sortir, même si ça voulait dire que lui n’aurait plus rien.

Abattu, il s’approchait du métro qui n’était évidemment pas là quand quelque chose brilla au sol. Au départ, il crut que c’était la visière de son casque qui était encore sale, et il essaya donc de frotter son gant dessus, mais la brillance ne disparut pas : peut-être était-ce vraiment quelque chose par terre, se dit-il. Il s’accroupit et essaya de voir l’objet de ses recherches, ce qui était assez difficile étant donné qu’il avait le soleil juste en face de lui et que celui-ci faisait briller la passerelle argentée. Néanmoins, après quelques secondes difficiles, il finit par mettre la main sur quelque chose…et il n’en crut pas ses yeux.

« Trèflquatfeul… »

Jack déglutit difficilement alors qu’il se relevait et se mettait dos au soleil pour mieux voir ce qu’il tenait dans ses mains. Il ne pouvait pas y croire…c’était trop beau pour être vrai. Est-ce que c’était possible ? Est-ce que ça pouvait être ce qu’il pensait que c’était ? Est-ce que c’était bien une…Carte de Chance ?!

A nouveau, il transpira dans sa combinaison, mais cette fois-ci, il s’en fichait complètement. Dans sa main brillait une Carte de Chance, cet objet rare qui était normalement déposé aléatoirement sur toute la planète et souvent ramassé par des gens peu recommandables comme les propriétaires du lieu qu’il venait de quitter. A cause du système de pari, il était pratiquement impossible d’en trouver une ainsi, par « chance », avant que certains ne viennent les ramasser volontairement. Mais lui qui venait de perdre une dizaine d’années à essayer d’en gagner une, lui qui en avait tant besoin, lui qui était prêt à laisser partir sa femme pour qu’elle survive…lui venait d’en trouver une ! Une vraie !

C’était évidemment un événement hors du commun, et immédiatement Jack l’exhiba au mouchard du Concordat, pour que celui-ci voit bien la Carte de Chance et qu’il l’enregistre bien. Jack était évidemment aux anges, et même le fait d’avoir perdu plusieurs années d’existence ne venait pas tant le troubler que ça. C’était bien sûr un souci : il avait dû sacrifier énormément pour rien, et tout ça aurait pu être évité si il était simplement sortit du conapt. En d’autres circonstances, Jack aurait déprimé en pensant à sa « malchance », mais il chassa rapidement tout ça de ces pensées : il voulait profiter avant tout du moment, et surtout il était clair maintenant que cette « malchance » n’existait pas, vu ce qu’il venait de trouver. Il ne pouvait y avoir de signe plus clair que cela, après tout, non ?

Le sourire au visage, il s’avança donc vers le métro qui n’arrivait toujours pas, serrant bien sa Carte de Chance dans la main. Il allait être en retard au travail, mais ce n’était pas bien grave : pour un an encore, il aurait son merveilleux conapt et pourrait survivre. Même si il était sur une pente descendante du fait de son âge (plus on vieillissait, moins la chance était là : c’était évidemment une mesure pour faire disparaître les anciens et laisser la place aux jeunes, mais personne ne s’en plaignait vraiment…ou n’osait s’en plaindre, par peur de la PCV), même si il était quand même inquiétant d’avoir si peu de chance en dehors de cette magnifique découverte, il n’aurait pas à s’inquiéter pour l’année à venir. Il avait apparemment un sursis, et c’était le plus important : le reste, il s’en occuperait plus tard, quand le sens des réalités et de ses sacrifices inutiles lui reviendraient. Là, il profitait juste, et ça lui suffisait.
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Warren Ellis.
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Vieux 26/01/2008, 00h36
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Je me suis pris au jeu : 3 paragraphes, et je devais continuer à lire, sans me renbdre compte que c'était un post sur un site de comics.

Pas mal d'influences, pas mal de styles, beaucoup d'idées, et surtout une concentration sur l'histoire à raconter : un bel essai, et une totale réussite.

Bravo encore, j'ai beau chercher, pas de reproches à faire
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