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Vieux 03/12/2012, 12h08
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Forgotten Generation
 
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Plume La femme fantôme (un épisode en prose de Dark Fates)

Avant-propos : ce récit a été mis en ligne le 14 juillet 2012 et fait le lien entre deux BD de Forgotten Generation. La première est publiée dans le fanzine et s'intitule Dark Fates, et la deuxième est un comic-book anonyme des années 40 traduit par mes soins, que vous pouvez lire ici : http://forgottengeneration-news.blog...ost-woman.html. Deux destins et deux continents sont à présent liés dans une prose...



La guerre était encore bien vivace dans les esprits. Sur l'île d'Üger, pourtant, les ravages avaient été bien moindres que sur le continent européen. Le gouverneur auto-proclamé de ce territoire resté sans maître depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, un certain Klaus Röser, était parti sur le front européen pour ne jamais en revenir. Néanmoins, les habitants de l'île ne sentaient pas vraiment la différence dans la vie de tous les jours. Et cela était valable pour tous les habitants, y compris ceux qui n'étaient pas vraiment... humains.

Claudia Rosny se souvenait de cette époque, de ces sensations qu'elle pouvait ressentir quand elle était encore vivante. Sa vie s'était achevée tragiquement dans un ultime acte de bonté adressé à son aimé. Malheureusement pour elle, ce dernier n'avait jamais pu l'épouser, un monde entier les séparant : John Gillian avait pour lui la fortune, tandis que Claudia était issue de la roture. John s'était donc marié à une femme de son rang, Theresa Wilhem, qui rendit son dernier souffle quelque temps plus tard en mettant au monde une petite fille que l'on crut morte elle aussi, suffisamment longtemps pour que John, retenu bien loin de son épouse, ne sût jamais la vérité. Mais la bonne âme de Claudia la fit traverser toute l'île à un train d'enfer à bord d'une voiture de location afin de lui apprendre le sort de sa fille. Le sort avait voulu qu'elle périsse au volant avant d'avoir atteint sa destination...

Mais comme pour lui permettre d'accomplir sa tâche sur Terre, une puissance supérieure avait fait d'elle un fantôme. Elle put donc retrouver l'homme qu'elle avait aimé et le sauver d'une mort certaine des griffes d'une meute de loups-garous. John Gillian, qui avait perdu jusqu'alors tout but dans l'existence, se sentit soudain investi de la mission de chasser jusqu'au dernier spécimen de la meute qui l'avait attaqué. Claudia fut alors satisfaite de constater que, malgré le fait qu'il ne savait toujours pas que sa fille était bel et bien vivante, la mission qu'elle avait pu mener à son terme avait permis au seul homme qu'elle avait jamais aimé de reprendre pied dans son existence. Elle pensait à ce moment-là pouvoir reposer en paix. Mais elle se trompait lourdement...

Son âme et son corps fantomatique restèrent attachés à l'île d'Üger longtemps après le départ définitif de John Gillian et son retour dans son Ecosse natale. Sa non-existence était devenue insupportable : elle était toujours privée de tout contact avec les êtres humains qu'elle voyait, car eux ne la voyaient pas et ne l'entendaient pas. Bien entendu, Claudia avait appris à se rendre tangible un court instant, et les années suivantes, elle était même parvenue à devenir visible et audible, mais jamais au-delà de quelques secondes. Elle avait toujours cherché à se cacher des médiums et des gens dont la perception sensorielle était artificiellement modifiée, car pour elle, ils ne pouvaient être ni de bonne compagnie, ni de bonnes intentions.

Le temps passait, et le fantôme de Claudia était condamné à observer les changements qui jalonnaient le siècle qui continuait à s'écouler sans elle. Son fardeau était de regarder le monde inconnu sans répit, mais surtout sans pouvoir révéler la moindre chose à qui que ce fût. Tout ce qu'elle avait voulu connaître de son vivant, toutes ces vérités cachées, tout était à sa portée, et vers la fin du Xxè siècle, elle en savait beaucoup plus qu'elle n'aurait jamais cru possible. Elle se souvenait du mythe de Faust, où le vieux docteur avait vendu son âme au diable contre une chance de pouvoir vivre à nouveau et apprendre toujours plus. Claudia se sentait comme dans cette situation, mais elle était morte et aucune opportunité de revivre ne s'était présentée à elle. Les rares créatures surnaturelles qu'elle avait croisées jusqu'ici n'avaient aucune connaissance particulière en la matière. Puis vint finalement un jour où une voix s'éleva à sa vue.

Claudia regardait, les yeux écarquillés, l'homme qui venait de pénétrer dans l'ancienne demeure de John Gillian, laissée à l'abandon. Son visage était peu visible, la silhouette de l'individu étant en contrejour dans l'encadrement de la porte, et derrière lui brillait un fort soleil printanier. Devant l'expression surprise de la femme fantôme, l'inconnu répéta :

"Je disais : je ne m'attendais pas à trouver une jolie femme ici."

L'expression de Claudia changea, mais l'homme ne lui laissa pas le temps de répondre :

"Vous êtes de la famille Gillian ?

Claudia, abasourdie par une telle référence, fit un effort surhumain pour articuler :

-Vous connaissez John ? Il est devenu quoi ?

-Je ne sais pas, en fait. J'ai juste entendu parler d'un certain Gillian qui vivrait dans le coin. Je peux entrer ?

Etonnée d'une telle question, Claudia l'invita à franchir le seuil, et tandis que l'homme cherchait un endroit où s'asseoir, elle put enfin le contempler : il portait des habits simples (une veste et un pantalon un peu élimés) et, selon ce qu'elle avait eu l'occasion d'observer auparavant, modernes. En revanche, il lui était difficile de cerner son âge, car son visage était caché par ses cheveux longs et lisses et sa barbe presque aussi longue, elle aussi d'un noir de jais. Ses yeux, quant à eux, étaient protégés par des lunettes noires qu'il n'avait pas pris la peine d'enlever en entrant. Posant son curieux bâton, il reprit la parole :

-Je vous remercie. Je ne suis pas très familier de ce monde, vous savez, sans vouloir vous faire peur.

-C'est John qui est revenu, et vous le cherchez, n'est-ce pas ?

-John, Joe, un truc comme ça...

-Vous êtes un médium ?

Les sourcils de l'étranger se relevèrent dans un signe de surprise.

-Heu... Pourquoi vous me demandez ça ?

-Vous arrivez à me voir et à m'entendre, et vous ne semblez même pas étonné...

-Mais vous êtes devant moi... C'est normal, non ?

Claudia se dirigea vers une table fracassée, et passa sa main fantomatique à travers.

-Vous êtes un fantôme, vous aussi ?

L'homme eut un petit rictus.
-Pas que je sache, non. Je crois que vous êtes le premier que je vois. Enfin, depuis que je suis là.

Claudia regarda calmement son interlocuteur : il ne semblait pas avoir peur, et le frisson d'excitation qu'il avait pu ressentir en voyant un fantôme pour la première fois n'avait rien de comparable en intensité avec tout ce qu'elle avait pu remarquer chez les "experts" en surnaturel et autres individus avides de sensations fortes. Elle prit donc un ton posé en faisant un léger sourire :

-Si vous n'êtes pas un fantôme, alors qu'êtes-vous ? D'où venez-vous ?

L'homme se redressa rapidement, et répondit avec une sorte de fierté, comme s'il avait attendu ce moment :

-En fait, j'ai toujours vécu dans l'ombre de mon frère. Enfin, l'ombre... C'est une façon de parler. Disons que j'ai toujours été là pour lui, mais il ne l'a jamais su. Et maintenant que je suis là, je ne sais pas encore si je vais le lui dire... ni comment je pourrais, d'ailleurs. Il n'a jamais su que j'existais.

-Je vois ce que vous voulez dire, dit Claudia avec compassion. Moi aussi, j'ai vécu dans l'ombre, et mon "après-vie" elle-même est une solitude sans fin. Personne ne peut me voir. A part vous, bien entendu.

-Si vous voulez tout savoir, je ne suis pas un spectre. J'ai une forme physique, mais je n'en suis pas dépendant. En fait, je crois être proche du concept de la divinité. C'est un de mes objectifs à accomplir en ce monde.

-Impossible. S'il y avait eu un dieu, il m'aurait déjà rappelée à lui.

L'homme fit un large sourire.

-De ce que j'en sais, ce dieu est absent. Mais les autres ne sont pas tout à fait pareils, ils sont d'un concept totalement différent.

Il se pencha pour ramasser son bâton, en s'excusant :

-Je vous prie de me pardonner, mais je vais devoir vous laisser pour le moment. Je repasserai bientôt, mademoiselle... ?

-Mon nom est Claudia. D'ailleurs, j'ignore aussi le vôtre.

L'étranger agrippa son bâton avant de répondre sur un ton presque solennel :

-Appelez-moi Ewen. Vous n'avez pas encore fini d'entendre parler de moi."

Alors que le dénommé Ewen prenait la porte, un rayon de soleil fit briller la partie supérieure de son bâton ; celui-ci était surmonté d'une sphère cristalline rouge, mais Claudia eut un étrange frisson en voyant que cette sphère était enchâssée dans nulle autre qu'une main squelettique qui avait jadis appartenu à un humain...
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