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Vieux 06/04/2008, 21h32
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Niglo change la caisse du Fauve


The Best of Vampirella : Lost Tales
(Harris Comics, mars 2008, 152p, 24.95$)


La dernière anthologie Vampirella parue chez Harris propose un sommaire assez prestigieux : Alan Moore, Warren Ellis, Bruce Timm, Alan Davis, Gary Frank et quelques autres. Une bonne partie des récits réunis ici proviennent de deux numéros spéciaux : Vampirella : 25th Anniversary Special, datant de 1996, et Vampirella/Dracula : the Centennial, paru l’année suivante.

A tout seigneur tout honneur, c’est au co-créateur du personnage, Forrest J. Ackerman, d’ouvrir le bal. Un rappel des origines de la demoiselle, illustré par un Mark Texeira dont on se souvient pour l’occasion qu’il a pas mal publié du côté des Penthouse Comics. Ackerman de son côté, passé les présentations, essaie de boucler un petit bout d’intrigue sans intérêt, on ne lui en voudra pas pour si peu.

Les choses sérieuses commencent juste après, avec Warren Ellis et Amanda Conner. Le scénariste s’intéresse plutôt à l’histoire du personnage depuis son arrivée sur Terre, et la lie à diverses histoires et légendes vampiriques. Cela permet surtout à sa dessinatrice de réaliser ici une très jolie performance, variant son style au gré des cultures évoquées par Ellis.

Troisième et dernier extrait du Vampirella : 25th Anniversary Special, Two so Different, de James Robinson et Ray Lago propose une relecture de la première rencontre entre Vampirella et Dracula, prenant pour modèle le récit d’Archie Goodwin et José Gonzalez repris quelques dizaines de pages plus loin. La version de Robinson n’apporte pas grand chose de plus, et surtout se conclut très maladroitement, la résolution du conflit entre Vampirella et Dracula étant traité par le biais d’un flashback extrêmement succinct. L’intérêt de cette nouvelle version m’échappe quelque peu, si ce n’est que les peintures de Ray Lago, dans un style assez rétro, sont fort belles.

Warren Ellis signe une deuxième histoire, Necromance, qui prend la forme d’une enquête policière peinte par Mark Beachum. Ellis fait se confronter les deux genres (polar et fantastique) et aboutit à un récit très sombre, y compris dans le portrait qu’il y fait de Vampirella.

Tout à fait réussi aussi est le second récit de James Robinson, Vampirella vs. Dracula, qui s’intéresse moins à la rencontre entre les deux personnages qu’à celle entre Bram Stoker et Archie Goodwin. Un bel hommage au scénariste qui, dans les années 70, a su le mieux développer le personnage et son univers. Graphiquement, c’est également l’occasion d’une collaboration inattendue entre David Mack et Rick Mays.

Sanctuary est une histoire sans paroles de Christopher Priest, dont l’unique but est de permettre à Alan Davis de faire la démonstration de son talent de storyteller, et c’est évidemment un régal pour les yeux.

Dans un style graphique extrêmement différent des autres récits de ce recueil, Lust for Life est l’occasion pour Bruce Timm de mettre en scène Vampirella. Sous son crayon, elle apparaît fragile, vulnérable, ce qui colle à la perfection au rôle que lui fait jouer Ty Templeton dans ce récit.

On quitte ensuite les années 90 pour revenir aux sources du mythe avec trois récits réalisés au début des années 70 par le mythique duo Archie Goodwin/José Gonzales. Outre l’histoire de la rencontre entre Vampirella et Dracula évoquée précédemment, ces épisodes donnent à voir la manière dont Goodwin a su donner corps au personnage et à son univers. On est certes dans la traditionnelle histoire d’épouvante à chute, mais Goodwin introduit au fil des épisodes des personnages secondaires et des subplots qui tranchent avec les conventions d’alors et marquent le début d’une nouvelle ère pour le genre, une brèche dans laquelle Marvel s’engouffrera très vite avec Tomb of Dracula, Monster of Frankenstein et quelques autres.

En revanche, cette nouvelle édition ne rend pas vraiment hommage à José Gonzales, dont les planches ont été mises en couleurs pour l’occasion. Le résultat est tout à fait raté, le trait de l’artiste y perdant beaucoup de son élégance et de son dynamisme. On conseillera donc pour ces épisodes de se procurer plutôt leurs rééditions dans la série de tpbs Vampirella : Crimson Chronicles, respectueuse du noir et blanc d’origine.

On a gardé le meilleur pour la fin, et The Best of Vampirella : Lost Tales se termine sur un récit d’Alan Moore et Gary Frank, relecture contemporaine du Dracula de Stoker. Alan Moore se défait des conventions du genre et donne une version du mythe très réussie. Le récit est suivi d’une courte interview du scénariste dans lequel il développe son point de vue sur Dracula et la façon dont il l’a abordé.

The Best of Vampirella : Lost Tales souffre un peu de son absence totale de cohésion et a des allures de salmigondis, mélange de choses remarquables et d’autres assez insignifiantes (même si toujours agréables à l’œil), d’ancien et de moderne. En même temps, pour qui ne connaît pas ou mal le personnage, il a l’avantage de présenter une large palette de points de vue sur le personnage et son univers. A dire vrai, sans la faute de goût impardonnable consistant à coloriser les planches de José Gonzales, j’aurais eu moins de réticences à en conseiller l’achat.
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