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Vieux 03/09/2007, 20h01
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Niglo change la caisse du Fauve


Supergirl : Wings
(DC/Elseworlds, 2001)

Scénario : J.M. DeMatteis.
Dessin : Jamie Tolagson.

Le concept des Elseworlds donne aux auteurs à peu près toute liberté pour traiter le personnage de leur choix comme ils le souhaitent. A tel point que, parfois, le résultat final n’a strictement plus rien à voir avec le modèle d’origine, hormis un patronyme commun ou quelques détails vestimentaires.

C’est le cas de Supergirl : Wings, de J.M. DeMatteis et Jamie Tolagson. Ce récit met en scène deux personnages principaux : Linda Danvers, une jeune femme un peu paumée, et Matrix, son ange-gardien, chargée de veiller sur elle et de tenter de la remettre dans le droit chemin, avant que son âme ne soit perdue à tout jamais.

On le voit, les liens avec la Supergirl traditionnelle sont on ne peut plus ténus. Parmi les autres personnages DC que l’on croise au cours du récit, certains sont plus proches de leur modèle (le Spectre, le Phantom Stranger), d’autres pas du tout (Superman en ange déchu menant une petite vie sans histoire dans une petite ferme du Kansas, Aquaman en divinité primitive).


A vrai dire, tout ceci n’est qu’un détail et ce n’est pas ça qui fait de Supergirl : Wings une lecture pénible. C’est bien davantage le manichéisme dont fait preuve DeMatteis tout au long du récit et l’accumulation de bondieuseries qu’il faut se farcir.

Matrix est un ange dans la grande tradition du genre, ailes et robe immaculée comprises. Elle éprouve un sentiment de fascination et de répulsion tout à la fois pour le genre humain, et en particulier pour Linda Danvers, dont le mode de vie va à l’encontre des enseignements bibliques, et qu’elle ne sait comment sauver.

Même en passant outre le parti pris religieux du scénariste, le récit ne fonctionne pas du tout. Principalement parce que le personnage de Linda Danvers n’est absolument pas développé. On nous dit qu’elle vit dans le péché. On découvre même que le Spectre veut la punir. Mais qu’a-t-elle fait pour mériter pareil châtiment ? Ce n’est jamais dit clairement. Simplement, selon les propres mots du Spectre, « Elle a commis des atrocités ! Elle a mené une vie qui bafoue les enseignements divins ! » Tout le récit repose donc sur une vision on ne peut plus manichéenne de la religion. Dieu (!) merci, la jeune femme finira par connaître une révélation divine et retrouver le droit chemin. Alléluia !


Pour couronner le tout, J.M. DeMatteis est d’humeur particulièrement verbeuse, alignant des lignes et des lignes de dialogues où tous les poncifs et lieus communs du genre sont répétés ad nauseam.

Bref, Supergirl : Wings constitue le genre de lecture que l’on devrait raisonnablement conseiller de fuir à toutes jambes. Sauf que…

Ce one-shot a tout de même un gros point positif en sa faveur : Jamie Tolagson. Voilà un artiste rare, que l’on a croisé occasionnellement dans les années 90 sur quelques titres Vertigo, le plus souvent avec bonheur. Il s’est fait encore plus rare depuis, et je crois que sa dernière apparition remonte à 2005 et à la série mort-née Tomb of Dracula chez Marvel.

Tolagson a un style assez magnifique, quelque part entre P. Craig Russell et Peter Snejbjerg. Un trait fin et élégant, parfait pour mettre en scène les créatures célestes de ce récit (c'est bien son seul point positif !), d’autant plus que les couleurs lumineuses de Sherilyn van Valkenburgh renforcent davantage encore la beauté de ses planches.


Supergirl : Wings aurait pu être une réussite. En matière d’histoire d’anges déchus, il suffit de penser au Fallen Angel de Peter David (d’autant plus que, à l’époque de sa publication chez DC, certains bruits laissaient penser que le personnage pouvait être Supergirl). Hélas, J.M. DeMatteis a cette fois laissé sa subtilité au vestiaire pour signer une œuvre pontifiante au possible. Jamie Tolagson méritait mieux que ça, nous aussi.
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