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Vieux 24/08/2007, 15h59
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Niglo change la caisse du Fauve


Dakota North
(Marvel Comics, 1986)

Scénario : Martha Thomases.
Dessin & encrage : Tony Salmons.


Les lecteurs de l’actuel run de Brubaker et Lark sur Daredevil auront sans doute noté la présence du personnage de Dakota North, jeune femme détective privée venue prêter main forte à Murdock & Nelson. Le personnage n’est pas nouveau, puisqu’il fit ses débuts en 1986 dans sa propre série, laquelle dura en tout et pour tout cinq numéros avant d’être abruptement annulée.

Dakota North paraît à une époque où Marvel semble vouloir expérimenter et se renouveler. Sans même parler des titres parus sous le label Epic, 1986 voit le lancement du New Universe (dont on sait ce qu’il est advenu, mais qui au moins sur le papier offrait une alternative intéressante au Marvel Universe traditionnel), mais aussi de séries atypiques comme The Nam ou Strikeforce : Morituri.

Le premier épisode de Dakota North introduit le personnage principal, jeune demoiselle détective privé, ainsi que son entourage : son assistant Mad Dog, son père S.J. avec qui elle entretient une relation tumultueuse, son jeune frère Ricky, parfaite tête à claque, et enfin Amos Culhane, un flic qui en pince quelque peu pour elle.

La première enquête que nous racontent Martha Thomases et Tony Salmons nous conduit dans le milieu de la mode, Dakota venant en aide à un styliste, Luke Jacobson, inquiet des menaces qu’il a reçues. On découvre également à cette occasion le personnage de Cleo Vanderlip, une femme énigmatique, agissant dans l’ombre, et qui va devenir l’adversaire principale de Dakota, quand bien même celle-ci n’en aura jamais conscience.

L’épisode donne bien le ton de la série : l’action est rapide, très rapide, une succession de courtes scènes privilégiant le spectaculaire au vraisemblable. Les tentatives de meurtre succèdent aux kidnappings, Dakota court dans tous les sens, traverse un centre commercial à moto, se bat à coup de poings ou de revolver. La plupart des personnages qui gravitent autour de l’héroïne sont plus ou moins farfelus, à commencer par sa propre famille. Le récit est passablement confus, mais compense cette faiblesse par un dynamisme de tous les instants, tant au niveau des rebondissements que des planches de Salmons, et surtout en ne se prenant jamais au sérieux.


Introduction de Ricky, le jeune frère de Dakota, et de son père, S.J.

En matière de série mettant en scène une agence de détective privé, Dakota North évoque assez deux séries diffusées à cette époque à la télévision US : Les Enquêtes de Remington Steele et surtout Clair de Lune. On est ici dans un registre similaire, tourné davantage vers la comédie que vers le tragique, si ce n’est que Dakota North ne met pas en scène un duo homme/femme et toute la tension que leurs rapports peuvent engendrer (il y a bien le personnage d’Amos, le flic amoureux de Dakota, mais son rôle reste très secondaire dans ces cinq épisodes).

Le côté rocambolesque des aventures de Dakota North s’accentue encore dans les épisodes suivants. L’intrigue tourne autour d’un stylo contenant un gaz mortel expérimental qui va entrer en possession de Ricky (sans bien sûr que ce sale morveux ait jamais conscience de ce qu’il trimballe). S’en suit alors une invraisemblable course-poursuite à travers l’Europe (notamment Paris, dont Salmons met en scène quelques haut-lieux touristiques). L’intrigue est totalement farfelue, les vilains imaginent des plans emberlificotés au possible pour récupérer le fameux stylo (il aurait été tellement plus simple de se débarrasser brutalement de Ricky, mais non, envoyons plutôt une jeune top-model chargée de le séduire et pendant ce temps mettons quelques tueurs aux trousses de Dakota avant qu’elle ne retrouve Ricky). Martha Thomases fait durer l’affaire quatre épisodes durant, de manière totalement artificielle, mais une fois encore le résultat est assez amusant.


Dakota North s’apprête à visiter Beaubourg… et à y échapper de justesse à une tentative de meurtre.

Martha Thomases a juste le temps de boucler cette intrigue avant que la série ne soit abruptement annulée. La suite aurait du nous en apprendre davantage sur les relations entre S.J. et Cleo, la vilaine de service, mais les ventes de la série étaient vraisemblablement assez catastrophiques. Dommage, il aurait été intéressant de voir ce que pouvait donner la scénariste sur la durée. Je n’ai pas l’impression qu’elle ait écrit quoi que ce soit depuis.

Dakota North gagne surtout à être découvert pour le travail de Tony Salmons. L’artiste a réalisé quelques travaux pour Marvel dans la seconde moitié des années 80 (à la même époque, il a également illustré le premier épisode de Nightmask, voir la chronique de XXL ici.). Son style très original n’est pas sans évoquer celui de Klaus Janson par son dynamisme et son aspect très stylisé. On a peu revu Salmons depuis. Mais les quelques travaux qu’il a publié chez DC dans les années 90 (quelques fort beaux courts récits, notamment dans des anthologies Vertigo, ainsi qu’une mini-série consacrée au Vigilante que malheureusement je ne connais pas) ne peuvent que nous faire regretter sa rareté.

La prestation de Salmons sur ces épisodes de Dakota North est très bonne, un trait à la fois nerveux et élégant, et des planches particulièrement énergiques, qui conviennent parfaitement au rythme frénétique des aventures de Dakota North. A l’occasion, l’artiste s’amuse même à détourner quelques conventions du genre, comme lors de cette brève bagarre au milieu d’une exposition d’art moderne…


Malgré l’annulation de la série, le personnage de Dakota North n’a pas totalement disparu. On la retrouve peu après en guest dans Web of Spider-Man #37 ou Power Pack #46. Au début des années 90, elle apparaîtra de manière régulière dans la série Cage. C’est Christopher Priest qui ressortira le personnage de l’oubli en la faisant apparaître dans son Black Panther (#31-33), et aujourd’hui donc on la retrouve dans un second rôle au côté de Daredevil. En attendant peut-être un jour de la revoir au premier plan ?

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