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Vieux 15/03/2007, 19h26
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Niglo change la caisse du Fauve


The Silencers : Black Kiss
(Moonstone, 2005, 128 pages, 14.95$)


Scénario : Fred Van Lente.
Dessin : Steve Ellis.


Paru entre 2004 et 2005 chez Moonstone, The Silencers est une série consacrée à un groupe de bad guys costumés. Rien de nouveau pour qui a lu Wanted de Mark Millar ou Empire de Mark Waid, pour ne citer que les plus connus, mais comme il s’agit d’une création de Fred Van Lente et de son vieux camarade de jeu Steve Ellis, cette mini-série mérite bien qu’on s’y arrête un moment.

Les héros de Silencers sont des super-vilains travaillant pour la pègre new-yorkaise, hommes de main sans grade mais assez puissants tout de même pour raser un pâté de maisons. On va éviter les comparaisons avec les Soprano, ces deux œuvres ne boxent pas franchement dans la même catégorie, mais bon, si ça peut vous aider, imaginez Paulie Walnuts crachant des flammes par les oreilles ou Christopher Moltisanti avec quelques membres surnuméraires. Hum… Bon, passons.

Malgré les costumes et les super-pouvoirs, on a donc ici une vision du crime organisé des plus traditionnelles, avec ses codes et sa hiérarchie. Et les Silencers, l’équipe de choc qui nous intéresse ici, est constituée de bons petits soldats, faisant là où on leur dit de faire. Certes, l’un ou l’autre peut rêver d’abandonner enfin cette vie et de prendre une retraite bien méritée, mais aucun n’ira à l’encontre de ce qu’on attend de lui ni ne remettra en question les règles du jeu.

Jusqu’à ce qu’une guerre des chefs n’éclate au sein de la famille mafieuse et que les Silencers ne soient considérés comme éléments incontrôlables et pris pour cible par le nouveau pouvoir en place. Après un massacre méthodique, les survivants de l’équipe devront se réorganiser pour préparer leur contre-attaque, sans bien savoir qui parmi eux est susceptible de les trahir à tout moment.

The Silencers a la bonne idée de se focaliser essentiellement sur un petit groupe de personnages, victimes d’enjeux qui les dépassent. Des personnages bien campés, prêts à tout pour survivre aux évènements qui leur sont tombés sur la tête et finalement très humains dans leurs bassesses, leurs craintes et leurs élans. On est ici aux antipodes des poseurs cyniques du Wanted de Mark Millar. Van Lente dose juste ce qu’il faut d’attitude et de charisme pour en faire des vilains attrayants. A commencer par Cardinal, leader de l’équipe, vieux routard du crime qui a prouvé son attachement aux codes mafieux en préférant passer plusieurs années en prison plutôt que de vendre sa famille, et qui ne va guère apprécier qu’un jeune arriviste aux dents longues veuille changer les règles du jeu.

Que font les super-héros pendant que les vilains s’entretuent ? Ils sont là, omniprésents mais toujours en périphérie de l’histoire. Ici on aperçoit l’ombre d’un tisseur de toile, là on reconnaît brièvement un costume rouge et bleu. Mais hormis dans l’une des dernières scènes où ils tenteront de remettre un peu d’ordre dans toute cette affaire (avec des résultats peu glorieux pour eux), ils se contentent d’apparaître à l’arrière-plan et aussi brièvement que possible. Cette histoire ne leur est pas consacrée.

C’est Steve Ellis qui est chargé de donner vie au script de Fred Van Lente (les deux sont amis de longue date, et sont déjà à l’origine d’une autre mini-série, Tranquility, parue il y a presque dix ans chez Dreamsmith). Son style extrêmement dynamique convient parfaitement à ce récit, et les scènes d’action s’enchaînent à un rythme soutenu. La première partie, qui introduit un nombre considérable de personnages et mêle flashbacks et scènes actuelles est parfois un peu déroutante, mais tous les éléments finissent par se mettre en place assez vite, et une fois l’action lancée, elle ne baissera plus d’intensité jusqu’à sa conclusion.

En plus de la mini-série d’origine, ce tpb offre un court récit inédit, dans lequel Fred Van Lente se focalise sur l’un de ses héros, Hairtrigger, et met en scène le fonctionnement de ses pouvoirs. Le personnage est capable de voir en même temps tous les futurs proches possibles, et le scénariste illustre brillamment ce principe en signant un récit kaléïdoscopique, où chaque variation de la même scène se déroule en parallèle aux autres. Un exercice de style remarquablement bien maîtrisé, qui confirme tout le talent du scénariste.

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