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Vieux 02/03/2007, 16h12
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Niglo change la caisse du Fauve


The Tourist
(Image Comics, 2006, 108 pages n&b, 9.99$)

Scénario : Brian Wood.
Dessin : Toby Cypress.


Une chose intéressante à noter dans l’œuvre de plus en plus passionnante de Brian Wood, c’est que, le plus souvent, ses comics ne se situent pas dans un genre précis. DMZ a beau être une série racontant une guerre future, elle ne relève ni de la science-fiction, ni de la war story traditionnelle. Les super-pouvoirs constituaient certes le thème commun de Demo, mais la série se situait aux antipodes des histoires de super-héros habituels. Et si Local emprunte parfois au polar, ce n’est que de manière très ponctuelle et épisodique.

De ce point de vue, The Tourist occupe une place à part dans l’œuvre de Brian Wood, en cela qu’on peut le classer sans mal dans la catégorie polar. Malheureusement, l’essai est loin d’être concluant.

Moss, le personnage central de The Tourist, est un Américain qui va débarquer un jour dans un petit village côtier écossais. Personnage atypique dans ce contexte, il va attirer l’attention de Julie, jeune mère célibataire et serveuse dans l’unique bar local. Très vite une idylle naît, que les autochtones ne vont pas voir d’un très bon œil.

Mais il apparaît très vite que Moss n’est pas qu’un simple touriste en vadrouille de l’autre côté de l’Atlantique, et sa présence dans ce village n’a rien d’un hasard. Ce que Julie va découvrir de manière assez brutale…

The Tourist ne fonctionne pas sur plusieurs niveaux. Brian Wood met en place les principaux éléments de son intrigue et le mystère entourant son personnage central de manière classique et convaincante, mais lorsque vient l’heure de la résolution, tout son échafaudage s’effondre. L’objet et l’événement à l’origine de toute l’histoire sont bien trop dérisoires pour justifier à la fois le débordement de moyens mis en œuvre pour retrouver Moss et l’amoncellement de cadavres qui conclut le récit. Par ailleurs, The Tourist se contente d’aligner une suite de scènes typiques du polar, sans jamais offrir la moindre surprise, la moindre variation un tant soit peu originale. Juste une morne succession de passages obligés, traités de la manière la moins excitante qui soit.

Faute d’une intrigue intéressante, on est tenté de se rabattre sur la relation Moss/Julie, domaine dans lequel Brian Wood excelle habituellement. Et là aussi, on est déçu. Cela commence à vrai dire dès leur première rencontre, lorsque Julie se jette quasiment dans les bras de ce parfait inconnu. On imagine que, comme dans tout polar qui se respecte, l’attirance affichée de Julie pour Moss cache quelque chose. Le polar regorge de ce genre de manipulatrices, toutes heureuses de tomber sur un naïf dont elles pourront faire ce qu’elles veulent. Pas de bol, dans ce cas précis, Brian Wood s’éloigne des clichés habituels, et Julie se révèle n’avoir aucune arrière pensée, Moss lui apparaît simplement plus attirant, dès le premier regard, que l’ensemble des prétendants locaux qui lui tournent autour. Stéréotype évité, mais cela ne fait pas de Julie un personnage plus intéressant pour autant, au contraire. Au mieux cela légitime-t-il le choix que fait Moss au terme du récit.

Même les quelques scènes d’intimité entre Moss et Julie sont ratées, se limitant à l’évocation de quelques lieux communs et souvenirs de carte postale d’un côté comme de l’autre. Brian Wood n’est pourtant d’habitude jamais aussi bon que dans ces petits moments de vie, dont il sait d’ordinaire extraire toute l’émotion et la vérité. Ici ses tentatives tombent systématiquement à plat.

Un mot pour finir sur Toby Cypress. J’accroche assez peu à son style, stylisé à l’extrême. Son utilisation du noir et blanc a un certain charme, et sa narration est tout à fait bonne, mais son trait me paraît bien trop irrégulier. Certains panels sont assez beaux, d’autres tout simplement hideux.

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