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Vieux 28/02/2007, 13h58
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Ivan Rebroff Ivan Rebroff est déconnecté
acratopège dilettante
 
Date d'inscription: novembre 2003
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Ivan Rebroff change la caisse du Fauve
Je viens de finir Black Hole, de Charles Burns (grâce soit rendue sur quinze générations à John Keats). C'est superbe. C'est puissant. Putain, je me suis rarement senti aussi mal en lisant un comic-book. C'est beau, c'est crade, c'est dérangeant, c'est prenant et envoûtant. Je le garde en bouche comme un bon vin, là, et ça s'améliore de seconde en seconde.
Je ne pense pas pouvoir réellement vous exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture de ce chef-d'oeuvre avec mes doigts. Le dernier chapitre est magnifique: deux visions de ce qui peut arriver après les turbulences d'un éveil sexuel. Les trois personnages principaux - Keith, Chris et Eliza - laissent en moi des émotions contradictoires.
En termes artistiques, Burns maîtrise comme un dieu le noir et blanc chiadé, mélangeant sans forcer l'aspect liquide et l'aspect sale, le beau et le laid. C'est d'une beauté sombre qui vous laisse sur le carreau.
Les rêves et les symboles freudiens tiennent une place primordiale dans le développement des personnages et des thèmes. Les ouvertures en dyptique des chapitres passent par des symboliques vaginales, des branches poussées de côté, ou une coupure sous un pied. Mais ces images sont intelligemment développées, intégrées dans le design même du livre. Chaque page, ou presque, est construite comme l'opposé de la page qui lui fait face.
Je ne pense pas avoir jamais lu une oeuvre aussi bonne sur l'adolescence, ses doutes, ses angoisses, son éveil sexuel, ses attentes, ses espoirs. Le voyage que nous propose Charles Burns avec ces adolescents est transcendant. Je me répète, mais c'est un putain de chef-d'oeuvre.
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